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Crise à la CGT, Bernard Thibault contesté
RÉFÉRENDUM : Contre l’avis du secrétaire général, qui veut éloigner la centrale du champ politique, le syndicat appelle à rejeter le traité européen.
Dénonçant « de graves carences en matière de démocratie interne », Bernard Thibault a estimé que la prise de position de son syndicat était « en rupture avec nos orientations de congrès sur plusieurs points essentiels ».
Crise ouverte à la CGT. A l’issue de la réunion de son comité confédéral national (CCN), le syndicat de Montreuil a ouvertement pris position en faveur du non au traité de Constitution européenne, à contre-courant des positions de Bernard Thibault. Parlement du syndicat, ce CCN rassemble les responsables cégétistes des unions départementales et des branches professionnelles. Bref, des représentants de la base, plus proches du terrain et des salariés que ne peut l’être la direction confédérale.
A une écrasante majorité de 82%, ces représentants ont voté hier « pour le rejet du traité constitutionnel » européen, et appelé « tous les salariés à participer » au référendum. « Il s’agit d’un échec pour la direction, ce n’est pas la peine de se le cacher, a reconnu sans ambages Jean-Christophe Le Duigou, l’économiste de la CGT. C’est une prise de position qui revient sur les dix ou quinze ans de l’évolution initiée par Louis Viannet (ancien secrétaire général, NDLR) et continuée par Bernard Thibault. »
Depuis son arrivée à la tête de la CGT, ce dernier tente d’orienter la centrale vers une ligne moins contestataire. Ce non brandi par la base fait redouter à Jean-Christophe Le Duigou un retour aux « postures protestataires et au lien avec le politique. C’est en tout cas un positionnement différent de la démarche proprement syndicale que nous voulions développer ».
Bernard Thibault a d’ailleurs réagi avec virulence. Prenant acte de la déclaration du CCN, il a dénoncé « de graves carences en matière de démocratie interne » à la CGT, et désapprouvé « le processus et la démarche qui caractérisent ces décisions. Je les considère en rupture avec nos orientations de congrès sur plusieurs points essentiels ».
De fait, ce non de la CGT renvoie la centrale dans le champ politique, dont elle tentait de s’extraire depuis sa rupture avec le Parti communiste. Et offre un relais de poids aux tenants du rejet de la Constitution européenne, Laurent Fabius et ses partisans compris. Ces derniers, sommés de rentrer dans le rang après leur défaite lors du référendum interne du Parti socialiste, trouvent là un allié. Premier syndicat français, la CGT revendique 700 000 adhérents.
L’un des animateurs du Nouveau parti socialiste (NPS), Gérard Filoche, ne s’y est d’ailleurs pas trompé, se réjouissant immédiatement de la décision de la centrale. « 60% de la gauche politique militante et 80% des syndiqués sont en faveur du non », estime-t-il.
Une position que partage cet expert des questions sociales, pour qui « la CGT est sans doute le syndicat le plus en phase avec les aspirations des salariés, qui assimilent l’Europe à la déréglementation et la déréglementation au chômage. D’où une tendance très nette de leur part à rejeter tout ce qui vient de Bruxelles ».
Georges Sarre, premier secrétaire du Mouvement républicain et citoyen, y a également été de son appel du pied. « La CGT se montre digne de son histoire et agit conformément aux intérêts du monde du travail », a-t-il salué.