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L’Humanité, 1er juillet 2004
Ixchel Delaporte

Des mensonges derrière l’image

Un documentaire revient sur un événement médiatique, publicitaire et de fait mensonger

C’était il y a un peu plus d’un an. Le vendredi 16 mai 2003, les journaux télévisés, la presse écrite et les radios reprennent en choeur le communiqué de la Ligue contre la violence routière. À l’occasion de son vingtième anniversaire, une série d’événements sont organisés dont la présence de 500 " bénévoles " sur les pelouses du jardin du Luxembourg pour symboliser les 500 morts par jour sur la route. Le même jour, le ministère de l’Équipement et des Transports publie un rapport de la délégation interministérielle à la sécurité routière. Tout semble coïncider pour le mieux.

Sauf que les " 500 personnes " étaient essentiellement des figurants, et que parmi eux, se trouvait Didier Inowlocki et quelques amis payés par l’agence de recrutement Marianne International pour faire, à l’origine, de la figuration pour un clip de musique. " Lorsque nous nous sommes rendus sur place, nous devions nous allonger sur la pelouse. Puis le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a commencé un discours. Certains n’ont pas compris ce qui se passait, d’autres ont sifflé ", raconte-t-il. En partant de là, lui et bien d’autres se sont sentis manipulés. La colère monte lorsqu’ils voient les reportages où les journalistes les font passer pour des militants bénévoles. Ils rédigent alors un communiqué de presse pour " rétablir les faits ". Le rectificatif est repris brièvement par quelques médias. Puis l’affaire s’arrête là. Pas pour Didier Inowlocki, qui, en réalisateur aguerri à la critique des médias, décide d’engager une enquête pour " décortiquer les rouages de ce dérapage " à l’aide de Zalea TV, télévision associative.

D’emblée, quatre protagonistes principaux, liés de près ou de loin à l’organisation de cette mise en scène, se dégagent : l’agence recruteuse Marianne International, sous-traitant de l’agence de communication Publicis Consultant, la Ligue contre la violence routière et le ministère de l’Intérieur. Le réalisateur demande des rendez-vous, mais seules des réponses téléphoniques lui sont accordées. Avec des extraits de télévision, de publicités, des coupures de presse et des entretiens téléphoniques filmés, il tente de comprendre la fabrication d’un événement qui aurait dû être spontané.

Didier Inowlocki s’interroge ainsi sur les raisons qui ont poussé la Ligue contre la violence routière à engager les services d’une agence de publicité et la nature de leur contrat. Publicis soutient que des étudiants de l’ESCP (École supérieure de commerce de Paris) qui étaient supposés venir, ont fait faux bond. Le directeur de l’école dit ne rien devoir à Publicis. Que dire du silence des journalistes, qui sur place, après quelques interviews ont compris que les figurants étaient là pour une vingtaine d’euros et n’en ont soufflé mot dans leur reportage.

Autre question : " À supposer que le gouvernement n’ait pas été au courant de l’organisation, pourquoi n’a-t-il pas réagi et communiqué des excuses publiques ? " dit Didier Inowlocki. De son côté, La Ligue se dit trompée, même si, la présidente de l’association était présente le jour de la manifestation. Il n’y a que Publicis qui fera son mea culpa après avoir dit au téléphone : " Nous cherchions des figurants pour faire une image, pas pour écouter le discours du ministre. " Quoi qu’il en soit, des interrogations demeurent autour cette non-affaire que le réalisateur ne s’interdit pas de continuer à creuser. Information ou communication, il faut choisir.

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