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Libération, samedi 24 juillet 2004
Par Julie LASTERADE

Des fruits et légumes de plus en plus contaminés

Pesticides. Après avoir analysé 46 000 échantillons, la Commission européenne a rendu son rapport annuel.

On ne dit plus « finissez donc ce plat d’épinards », mais « vous reprendrez bien un peu de Methomyl ». On ne croque plus une pêche pleine de vitamine C, mais on la pèle pour éliminer le parathion. Comme chaque année, la Commission européenne a rendu un rapport sur les résidus de pesticides dans les fruits, les légumes et les céréales. Le tableau n’est pas appétissant. Sur 46 000 échantillons prélevés dans 18 pays en 2002, 42 % présentaient des traces de fongicides, d’insecticides ou de désherbants.

En France ­ troisième pays consommateur de pesticides derrière les Etats-Unis et le Japon ­ plus de la moitié (53 %) des aliments analysés est contaminée. Et dans 8,9 % d’entre eux, les pesticides dépassent les limites nationale et européenne maximales autorisées. « Toutes les analyses sont faites sur des produits bruts, peau comprise, analyse Sophie Gallotti, coordinatrice scientifique à l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments. S’il s’agit de pesticides de surface, en les lavant soigneusement ou en les épluchant, on élimine les trois quarts du produit chimique. »

Les experts français se sont penchés sur 3 721 échantillons. Et plus particulièrement sur le céleri, les épinards, les haricots, les laitues, les plantes aromatiques, les fraises, les pêches ou les oranges. A la recherche de plus de 200 pesticides. Ils en ont retrouvé 99. « Le but est de détecter les aliments susceptibles de retenir ces produits et de contrôler s’ils sont contaminés ou non », continue Sophie Gallotti. Lauréats 2002 des produits qui dépassent les limites en France : le céleri, les fraises, le raisin, les pêches, ou le poivron. Le thé vert importé n’est pas plus sain : 17 des 29 échantillons analysés promettaient une infusion de fenvalarate, de dicophol et de cyperméthrine. Vaut-il mieux choisir ses légumes sur un marché du Liechtenstein ? A priori l’offre y est la plus alléchante. 20 % seulement de produits frais ou transformés contaminés. Mais la principauté s’est contentée d’analyser 81 échantillons. Les substances recherchées, les techniques d’analyses et les aliments sélectionnés varient d’un pays à l’autre, il est donc difficile de les comparer.

Si les techniques de détection se sont affinées depuis quelques années, il semble que le milieu agricole a toujours la main lourde. En Europe, entre 1996 et 2002, le pourcentage de fruits, légumes et céréales atteignant ou dépassant les teneurs en pesticides autorisées, a augmenté (passant de 3 à 5,5 %). Le nombre de molécules toxiques retrouvées dans leur composition aussi. Effets sur la santé humaine ? Mal connus à faibles doses sur le long terme. Mais Hervé Gaymard a promis la création d’une Agence de la santé des végétaux... patronnée par le ministère de l’Agriculture, ce qui ravit le monde agricole.

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