Robert Namias

Bouygues

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Le Canard enchaîné 3 mars 2004
J.-F.J. présente "L’audimat à mort", d’Hélène Risser, Ed Seuil, 2004

L’Audimat à mort

Petit bétisier des travailleurs à la chaîne

(...) La lecture d’un ouvrage à paraître, "L’audimat à mort", d’Hélène Risser (édition du Seuil), pourrait fournir quelques sujets de reflexion aux neuf sages, qui, sûrement, ont connu des moments de distraction depuis deux ans. Celui-ci par exemple. En mars 2002, alors que la fièvre sécuritaire (et préélectorale) ravage les JT de TF1 et de France 2, lamort violent d’un habitant d4evreux bouleverse les téléspectateurs. Version officielle : un père de famille venu protester pacifiquement contre le racket de son fils a été lynché par des voyous.

Or la Deux, à en croire l’auteur, possédait dès le début de l’affaire des témoignages, plus tard confirmés par l’enquête, montrant que le père n’avait pas trouvé la mort seul et désarmé mais accompagné et muni d’un cutter. Des images gardées trois mois au placard sur ordre de la chef du service société de France 2, passée depuis sur TF1.

Un an plus tard, la mort, à Roanne, d’un veillard torturé par quatres jeunes ne mobilisera, cette fois, pas une seconde de journal. Le fait divers faisait pourtant penser à l’agression dont avait été victime "papy Voise", habitant les faubourgs d’Orléans, dont le visage tuméfié et les mésaventures étaient passés en boucle l’avant-veille et la veille du premier tour de la présidentielle.

Mais une fois les élections passées et Sarkozy nommé, raconte Hélène Risser, la peur, si palpable naguère à l’écran, semble volatilisée. « Désormais, l’insécurité, la vraie, celle qui mobilise la rédaction de TF1, se décline au volant. Sus aux chauffards. » Ca tombe bien, Robert Namias, patron de l’info sur la Une dirige, nommé par Raffarin en avril 2003, le Conseil national de la sécurité routière, fer de lance du grand chantier chiraquien.

Est-ce à dire que les chaînes frémissent sous la férule du pouvoir politique ? pas vraiment. C’est même souvent l’inverse. Au cours de la dernière présidentielle, TF1 et France 2 ont, par exemple, fait délibérement l’impasse sur les programmes des candidats. Aux protagonistes d’une campagne jugée « rasoir » (Pujadas) et surtout peu productrice d’audience, TF1 et France 2 préfèrent les Français moyens sondés par des micros-trottoirs. Résultat : ceux-ci répondent en chœur que les hommes politiques se ressemblent tous...

La politique n’est pas la seule rubrique à se voir miniaturisée et, désormais, reléguée en fin de journal. En trois ans, la place consacrée à la culture a diminué de moitié, sur la Une comme sur la Deux. Quant à l’étranger, il est jugé en un mot par Robert Namias : « chiant ». Alain Chaillou, ex-correspondant de la chaîne qui a fermé successivement les bureaux de New-York, Hong-Kong, Tokyo et Berlin, rapelle ce mot d’un chef de l’info : « A ceux qui tergiversent des heures pour savoir si on en fait trop peu ou pas assez sur la guerre en Tchétchénie, un conseil : inutile de rester sur TF1. »

L’empise du pouvoir économique est souvent plus palpable. En septembre 2002, un reportage de "Culture pub " (M6) sur le géant nucléaire Areva est censuré : c’est un partenaire de la chaîne. En novembre, la même émission subit un coup de ciseaux dans un sujet sur l’automobile. Début 2003 sur Danone. De gros annonceurs de la Six.

Et pourquoi les confrères de Capital se voient-ils soudain chargés d’un reportage à la gloire de Shangaï par le directeur de l’info ? Parce que la Lyonnaise des eaux, alors gros actionnaire de M6, guigne le marché de l’eau de la ville. Fureur des journalistes quand ils comprennent ! Qu’à cela ne tienne susurre la direction : les envoyés spéciaux, pour obliger la mairie de Shangaï, n’ont qu’à faire semblant de tourner.

Info ce qui faux !

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