Serge Dassault

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Le Monde du 24 juin 2004
Pascale Santi

Serge Dassault prend officiellement les rênes de la Socpresse

Une page s’est tournée mardi 22 juin. Agé de 79 ans, Serge Dassault, PDG du groupe qui porte son nom, a officiellement pris les clés de la Socpresse, qui édite plus de 70 titres, dont Le Figaro, L’Express, Le Progrès, La Voix du Nord, Le Courrier de l’Ouest. .., devenant le numéro un de la presse française (Le Monde du 18 et 19 juin). M. Dassault a été nommé président du conseil de surveillance de la Socpresse, où il siégeait depuis janvier 2002, date à laquelle l’avionneur a fait son entrée dans le capital du groupe de presse à hauteur de 30 %.

Le conseil comptera sept membres, dont Serge Dassault, qui remplace Philippe Hersant, président de France Antilles, son fils Olivier, président de Dassault Communication, par ailleurs député UMP de l’Oise, Jean-Paul Bechter, directeur délégué auprès de Serge Dassault, qui y étaient déjà. Rudi Roussillon, conseiller de Serge Dassault, Philippe Hustache, directeur général chargé des finances du groupe Dassault, Me Bernard Monassier, notaire de Serge Dassault. Toute la garde rapprochée de l’avionneur y fait donc son entrée. Seule personne extérieure, Me David de Pariente, avocat d’Aude Jacques-Ruettard, petite-fille de Robert Hersant, la seule héritière qui n’a pas vendu ses parts. Les sept membres de la famille Hersant, qui siégeaient auparavant au conseil, le quittent.

Le groupe Dassault a donc racheté les parts de douze héritiers Hersant, soit 82 % de la Socpresse, Mlle Jacques-Ruettard conservant 13 % du capital, et 5 % restant entre les mains du management, dont Yves de Chaisemartin, président du directoire du Figaro. Serge Dassault a déboursé au total près de 1 milliard d’euros pour acquérir 82 % de la Socpresse. "Des réunions de travail permanentes se sont tenues depuis 15 heures mardi 22 juin et se dérouleront toute la journée de mercredi avec Serge Dassault, précisait mardi un proche. Nous voulons de la tranquillité et avoir la meilleure connaissance possible de l’ensemble de la Socpresse."

Quant à savoir quel sort sera réservé à M. de Chaisemartin, sur lequel les rumeurs sont insistantes, "Serge Dassault a tenu une réunion de travail de plusieurs heures avec -lui-", commentait-on de façon sibylline dans l’entourage de l’industriel. Il est fort probable que le directoire de la Socpresse, aujourd’hui composé, outre de M. de Chaisemartin, de Michel Sénamaud, administrateur général du Figaro, et de Cyrille Duval, patron de Publiprint - la régie publicitaire du groupe -, voie arriver des membres de l’équipe Dassault.

INQUIÉTUDE DES RÉDACTIONS

La prise de contrôle de Dassault suscite de fortes inquiétudes au sein des rédactions, qui craignent une ingérence éditoriale de l’industriel. Une assemblée générale des journalistes du Figaro devait se tenir mercredi 23 juin à l’appel de la Société des rédacteurs, avec pour ordre du jour "l’élaboration d’un texte rappelant les grands principes d’indépendance que la rédaction du Figaro entend réaffirmer". La société des journalistes de L’Express organise, elle aussi, une assemblée générale mercredi. Hasard du calendrier, un comité d’entreprise du groupe Express-Expansion est également convoqué ce jour-là.

Les inquiétudes portent également sur les cessions qui pourraient intervenir, notamment dans la presse quotidienne régionale. Le SGJ-FO (Syndicat général des journalistes) craint que la "logique industrielle et financière et les intérêts exclusifs de Serge Dassault pour Le Figaro conduisent son groupe à de nouvelles cessions de titres et d’actifs très rapides en presse quotidienne régionale, notamment dans les pôles Rhône-Alpes et Ouest de la Socpresse." "Ce vaste Monopoly aurait bien sûr des conséquences désastreuses pour l’emploi", poursuit le communiqué du SGJ-FO.

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