Affaire Alègre :« Ma vie est détruite pour avoir aidé la justice »

Florence Khélifi, dite Fanny, maintient certaines de ses accusations, notamment celles portées contre des policiers.
LONGTEMPS elle s’est appelée Fanny pour le public. Aujourd’hui, Florence Khélifi, 31 ans, parle à visage découvert dans « Mes nuits noires dans la Ville rose » (1), un livre à paraître jeudi. Témoin clé de la nouvelle affaire Alègre, elle a multiplié, depuis plus d’un an, les révélations fracassantes puis les rétractations sur le milieu de la prostitution toulousain dans les années 1990, avec une autre compagne de trottoir, Patricia (2).
Tour à tour, Florence a accusé un magistrat d’avoir été son « parrain » lors de nuits barbares, ce que l’intéressé nie farouchement même si elle maintient ses déclarations. Elle a dénoncé le rôle de proxénètes de certains policiers mis hors de cause par un rapport de l’Inspection générale de la police nationale. Elle a pointé du doigt les anomalies de l’enquête sur le meurtre, toujours non élucidé, de Line Galbardi en janvier 1992. Puis elle a accusé l’ex-député-maire de Toulouse, Dominique Baudis, d’avoir abusé d’elle dans un hôtel de la place du Capitole, avant de se rétracter. Mère de quatre enfants, Florence raconte aussi son terrible passé : les foyers de la Ddass et de la protection judiciaire, les fugues, les premières passes. Mais elle a toujours envie de se battre car « il reste trop de meurtres sans coupables ». Entre fausses accusations et quelques notes de vérité, elle fait pour notre journal le tri sur cette affaire hors du commun.
Le magistrat Marc Bourragué.
« C’est le cauchemar de ma vie », dit-elle à propos de l’ancien substitut devenu procureur adjoint à Montauban, qu’elle appelle le Cobra dans son livre. « Je répète que je le fréquentais régulièrement à l’époque. On enchaînait les soirées, les sorties dans les bars. Je ne le laisserai jamais tranquille tant qu’il y aura une justice digne de ce nom. » C’est lui, selon elle, qui l’initie à des jeux pervers, l’emmène dans des soirées très spéciales. Elle veut le « faire craquer juste pour la vérité ». Concernant les autres personnages mis en cause dans ce dossier, elle reconnaît « avoir coché n’importe quoi sur la liste » que lui présentaient les enquêteurs, après avoir subi des menaces de la part d’un ancien policier.
Dominique Baudis.
« Lors d’une confrontation, j’ai dû me rétracter car je ne dispose d’aucunes preuves matérielles contre lui. Je n’avais pas les moyens d’argumenter. Je n’avais pas le choix. Epuisée, sous tranquillisants, je ne pouvais m’opposer à des gens aussi puissants », explique Florence qui a finalement présenté ses excuses au président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Une formule insuffisante pour l’ancien élu.
Le gendarme Roussel.
« Je lui en veux car il nous a abandonnées en chemin. Il a quitté la direction de l’enquête sur tous ces meurtres sans solution et nous, nous sommes là, toujours humiliées. On ne veut pas nous croire. Dans cette affaire, mon couple n’a pas résisté. Mon mari n’a pas supporté le choc. Mais Michel Roussel a été honnête. Il ne m’a jamais suggéré de réponses ni fourni d’indices. Ma vie est détruite pour avoir aidé la justice. »
Les policiers.
« Très vite, les flics m’ont demandé des impôts, environ 2 500 F (380 €) par semaine dans une enveloppe », écrit la jeune femme. Il y a aussi cet ancien commandant qui se « fait payer en nature ». « Ce viol, je ne l’ai pas rêvé », s’indigne Florence. Pour l’IGPN pourtant, ni les dates, ni les lieux, ni les circonstances ne correspondent. L’officier de police était, selon l’enquête administrative, en repos ce jour-là. « Comment peuvent-ils dire cela alors que je ne me souviens pas de la date ? » s’émeut Florence.
Patrice Alègre.
« Il est écoeurant. Il est protégé en prison comme il l’était dans la rue. Nous, notre protection rapprochée, le système de surveillance électronique mis en place en mai 2003 par le GIGN, a disparu au lendemain du départ à la retraite du gendarme Roussel. Alègre est un homme impossible à déchiffrer, qui se tait depuis un an sur ordre. Il pouvait tuer par plaisir mais aussi sur commande. »
Patricia, l’ex-prostituée au centre de l’affaire.
« Je n’ai rien en commun avec elle. Elle, elle a dressé des filles pour les mettre sur le trottoir. Elle a déclaré des choses que je ne confirme pas. Jamais je n’ai vu Alègre et Messaoudène lester une fille d’un bloc de ciment pour la jeter dans le lac de Noé. »
(1) « Mes nuits noires dans la Ville rose », Ed. Michel Lafon - Jean-Claude Gawsevitch, 18 €.
(2) Une confrontation devrait avoir lieu jeudi dans le bureau du juge Perriquet entre Patrice Alègre, Dominique Baudis, l’ancien proxénète Lakdar Messaoudène et Patricia. Celle-ci affirme avoir été violée par ces trois hommes dans la nuit du 20 au 21 novembre 1990.