Thierry Herzog

Francis Szpiner

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Le Monde, 5 avril 2001, p. 6.
Raphaëlle Bacqué

Dominique de Villepin dirige le groupe qui élabore la défense du chef de l’Etat face aux juges

Ceux-là commencent à bien se connaître. Depuis cinq ans, maintenant, ils se retrouvent dans le bureau du secrétaire général de l’Elysée, le plus souvent pour évoquer la progression des instructions judiciaires en cours sur le RPR ou la mairie de Paris, les effets de la confession enregistrée de Jean-Claude Méry ou la convocation comme témoin envoyée par le juge Halphen.

C’est un petit groupe soudé, dominé par la figure passionnée de Dominique de Villepin, le secrétaire général de l’Elysée. Il y a là, la plupart du temps, le directeur du cabinet du président, Bertrand Landrieu, préfet hors cadre, connaisseur des rouages visibles et moins visibles de l’Etat ; le conseiller aux affaires judiciaires de l’Elysée, Jean-Claude Antonetti, qui suit au jour le jour la progression des instructions ; Francis Szpiner, avocat d’Alain Juppé notamment. Parfois, au gré des dossiers, on consulte à l’extérieur Thierry Herzog, avocat des Tiberi et de Jacques Oudin, ancien trésorier du RPR ; Pierre Haïk, avocat de l’ancien ministre et ancien directeur du cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris, Michel Roussin ; ou, un temps, Patrick Devedjian, qui fut le conseil de M. Chirac pendant de nombreuses années. Lorsque le "tapage médiatico-judiciaire" - comme il est coutume de qualifier, à l’Elysée, les affaires touchant le chef de l’Etat - devient trop fort, Claude Chirac, qui dirige la communication présidentielle, et Agathe Samson, chef du service de presse, se joignent au groupe. Jacques Chirac, lui, ne vient qu’en dernier ressort. "Cela l’agace de devoir passer de Poutine au juge Halphen", assure un conseiller.

C’est ce petit groupe-là qui a géré, le 28 mars, en pleine nuit, les effets de la publication dans Le Parisien de la convocation envoyée par Eric Halphen, pour venir témoigner le 4 avril dans l’affaire des HLM. C’est lui qui a rédigé le communiqué de refus que le président, réveillé à 5 heures du matin, n’a plus eu qu’à avaliser avant qu’il ne soit transmis à l’AFP (Le Monde du 29 mars). Lors de la publication, dans Le Monde des 22 et 23 septembre 2000, du témoignage enregistré par Jean-Claude Méry, ce sont les mêmes qui ont organisé la défense du président, alors en voyage à Angoulême. Ce sont eux qui sont témoins des colères de M. Chirac contre les juges, contre la presse, contre d’anciens collaborateurs de la mairie de Paris trop bavards.

Le président passe par bien des hauts et des bas, depuis cinq ans que les affaires empoisonnent sa présidence. Fureur, désinvolture, exaspération devant le "complot politique", certitude que "les Français sont lassés des affaires", il aura connu tous les états d’esprit. Avec une seule conviction, maintes fois répétées à ses interlocuteurs : "On va chercher à m’abattre là-dessus. La campagne présidentielle sera terrible."

LES EXEMPLES TAPIE ET STRAUSS-KAHN

Dans les meilleurs moments, le président balaie d’un revers de main toutes les instructions judiciaires en cours. Sûr de sa popularité, il croit les Français réticents à toute atteinte à la fonction présidentielle. "Cela joue dans le désarroi de l’opinion, bien sûr, a-t-il expliqué à ses conseillers, mais, au fond, cela a beaucoup moins d’importance que ne le voudraient certains journaux." Les résultats des municipales ont d’ailleurs été analysés aussi dans ce sens, à l’Elysée. "La droite a perdu Paris, mais Tiberi n’a pas fait un si mauvais résultat. Balkany a obtenu un score de maréchal", remarquent les conseillers du président, qui soulignent aussitôt que les situations judiciaires du maire du 5e arrondissement ou du maire de Levallois n’ont, "bien sûr, rien à voir" avec celle du chef de l’Etat. En début de semaine, on citait encore, à l’Elysée, le retour de Bernard Tapie à la tête de l’Olympique de Marseille et l’élection de Dominique Strauss-Kahn à l’Assemblée nationale "malgré trois mises en examen, tout de même". En septembre, à Angoulême, le jour de la publication de la confession de Jean-Claude Méry, le président grinçait devant le sénateur Jean-Pierre Raffarin (DL), qui l’accompagnait : "Je me battrai." Six mois plus tard, il est toujours dans le combat.

Cela n’empêche pas l’inquiétude de l’emporter parfois sur le champ de bataille. D’abord, sans doute, parce que l’Elysée s’est aperçu, ces dernières années, qu’il ne pouvait plus maîtriser d’où viendrait les coups. A l’époque du gouvernement Juppé, le ministre de l’intérieur, Jean-Louis Debré, le ministre de la justice, Jacques Toubon, se tenaient très étroitement au courant de toutes les instructions touchant le RPR ou la Mairie de Paris. L’arrivée de la gauche au pouvoir a considérablement réduit les moyens d’information du président sur les affaires en cours. "Vous ne vous rendez pas compte à quel point nous sommes isolés", lâche ainsi un conseiller. Et l’organisation, au jour le jour, de la défense présidentielle accroît les risques de dérapage. Certes, à chaque nouvelle révélation, l’Elysée s’attache à souligner : "Ce n’est pas Panama, tout de même !" Mais, au fur et à mesure que l’échéance présidentielle approche, chacun craint que cet éternel ressac des affaires ne finisse par saper le chef de l’Etat dans son autorité.

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