Michael Moore

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Leruisseau, lundi 24 mai 2004
François Guillement

Libération et Le Figaro crachent sur Michael Moore

Dans Libération du lundi 24 mai 2004 intitulé "Cannes fête le Moore pas la guerre", Philippe AZOURY, Antoine de BAECQUE, Didier PERON et Olivier SEGURET se mettent à quatre pour dénoncer violement la palme d’or décernée à Michael Moore pour son film « Fahrenheit 9/11 ». Cette récompense « a privilégié le politique aux dépens du cinéma », écrivent-ils.

On retrouve à peu près les mêmes arguments dans Le Figaro du même jour dans un article de Jean-Luc Wachthausen : "Michael Moore inaugure la palme politique"

Libération dénone une « évolution vers une dictature de l’actualité. » « C’est bien une palme contextuelle qui a été décernée samedi. Avec en toile de fond ces élections américaines que le monde entier est plus ou moins contraint de suivre ».

Michael Moore est appelé « sergent Garcia altermondialo » dans Libération, et ferait des films « plutôt moches, parfois démagogiques et souvent expéditifs dans leur charge. » Pour le Figaro, « le procureur de Flint » « tout aussi dangereux que l’ennemi qu’il dénonce » a fait une film « constitué en grande partie d’images TV recyclées. » « Si le cinéma est encore un art, Fahrenheit a tout de l’art de la manipulation d’images grossière ».

Jean-Luc Godard est cité par Libération : « Moore est à moitié intelligent. Il ne fait pas de différence entre une image et un texte. »

On jugera dans quelques années si l’engagement actuel de Michael Moore aura à rougir du maoïsme de pacotille que Godard a endossé dans les années soixante, le temps de quelques films bavards.

Il faut noter aussi que « la cerise sur le gâteau » du Figaro correspond au « dernier point qui fait problème » dans Libération : « la connivence » « sans-gêne » entre « le concurrent Moore et le président Tarantino. Tous deux battent le même pavillon : celui de Miramax, énorme écurie des « auteurs » indépendants américains, accessoirement filiale du studio Disney. »


extrait du journal Le Monde du même jour :

« Dimanche, le jury, au grand complet, a voulu justifier ses choix lors d’une conférence de presse, une première dans l’histoire du Festival. Nous avons récompensé "le meilleur film de la compétition", a déclaré son président américain, Quentin Tarantino. "Si (Moore) avait fait un mauvais film, j’aurais été contre la Palme d’or. (...) Ce qui a compté, c’est l’humour de ce film, son aspect satirique ; c’est un film qui trouve le ton juste."

Il a toutefois déclaré qu’Old Boy, qui a obtenu le Grand Prix du jury, "aurait très bien pu obtenir la Palme d’or". "C’était une course très serrée (...). Ce n’est pas un deuxième prix. A deux voix près, Old Boy aurait pu gagner." Selon plusieurs sources, Tarantino s’est battu bec et ongles pour que la Palme aille à ce polar sud-coréen ultra-violent.

« CE FILM EST PLUS QU’UN DOCUMENTAIRE »

Emmanuelle Béart a jugé que Fahrenheit 9/11 "n’est pas un film anti-américain mais un film qui parle de l’Amérique autrement, un vrai bon film". "Nous avons ressenti que ce film est plus qu’un documentaire, a renchéri l’actrice Kathleen Turner. Il tend à inventer une nouvelle forme, un nouveau genre." "Ce film rend hommage au cinéma. Ce que dit Michael Moore dans ce film ne peut être vu dans les médias américains aujourd’hui", a estimé l’actrice écossaise Tilda Swinton.

Quelques minutes après avoir reçu son trophée samedi, Michael Moore avait souhaité "remercier les acteurs" de son documentaire, à commencer par le président George W. Bush. Mordant, il a dit "espérer que personne ne lui annoncerait la nouvelle pendant que celui-ci mangeait un bretzel", rappelant une ancienne mésaventure du président américain qui avait failli s’étrangler en avalant un biscuit salé alsacien. Ironie du sort, on apprenait quelques heures plus tard que George Bush avait été victime d’un léger accident de VTT.

"Si on dit la vérité au peuple, la République sera sauve", a-t-il ajouté, citant l’ancien président Abraham Lincoln, "un Républicain d’une autre trempe". Le trublion du cinéma américain a également indiqué avoir "le grand espoir que les choses changent". "Je ne suis pas seul. Il y a des millions d’Américains comme moi et je suis comme eux", a lancé Michael Moore.

DES "JOLIES IMAGES"

Mais questionner le bien-fondé des décisions du jury pouvait s’avérer périlleux lors de la conférence de presse. Un journaliste qui eut le malheur de s’interroger sur les choix esthétiques du jury et de faire un rapprochement entre documentaire et images de télévision s’est vu rabrouer sévèrement par un Tarantino devenu pour l’heure moins volubile, mais toujours aussi bouillant. "Vous avez une conception très étroite de ce que peut être un bon film", lui a lancé le journaliste, en évoquant de "jolies images". »


Dans Politis du 27 mai 2004, on peut lire, sous la plume de Christophe Kantcheff, dans l’article intitulé Un palmarès anti-Bush et démagogique, au sujet des séquences où une mère américaine pleure son fils tué en Irak :

« Moore déclare (...) qu’il était utile de les montrer aux Américains qui n’ont pas vu cette souffrance. On croirait entendre de vulgaires responsables de chînes de télévision privées se justifier. le procédé est moralement douteux, cinématographiquement indigent et abject.

Une oeuvre d’art (un film présenté en sélection officielle à Cannes prétend à ce statut) ne s’appréhende pas comme un discours. Le cinéma travaille sur les représentations, non sur le contenu d’un message. Reprendre les modèles de représentation de TF1 ou de Fox News, même dans un but idéologique opposé, revient à pérenniser ces modèles, c’est à dire la spectacularisation des images par le recours aux effets grossiers, au pathos, aux simplifications. Peut-être Quentin Tarantino, qui partage le même producteur que Michael Moore, une filiale de Disney, préfèr-t-il ignorer ces préoccupations éthiques et sethétiques (et conséquement politiques) car son palmarès entier respire la démagogie. »

Lui aussi préfère Godard : (Politis du 18 mai 2004) « L’homme n’est pas encore un mythe, mais il est un génie (...). Il y a une magie Godard, comme si ses films, comme si sa parole n’étaient pas tout à fait de la même essence que les autres. (...)

" Si je suis compris, c’est que je me suis mal exprimé ", dit un personnage du film-essai du maître suisse. Sans doute est-ce aussi pour cette raison qu’un film de Godard ne s’appréhende jamais facilement. »


Romain Goupil : « Je déteste le cinéma militant à la michael Moore. Je suis militant en tant que citoyen, pas en tant que cinéaste ! » (Télérama n°2839 - 9 juin 2004, page 26)

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