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Le Canard Enchaîné, 19 mai 2004
Jean-Luc Porquet

OGM : du rififi dans le moratoire

L’AFSSA, Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments est contre. Le gouvernement français est contre. Les régions sont contre. Les citoyens consultés par des sondages se disent contre. Maix Bruxelles est pour.

Alors ce mercredi 19 mai, Bruxelles va autoriser la commercialisation et la mise en culture d’un maïs génétiquement modifié dit Bt-11, et par là même lever le moratoire qui depuis 1999 bloquait l’entrée des OGM en Europe. Voilà qui, juste avant les élections européennes, va nous faire aimer l’Europe !

Qui à Bruxelles, en a décidé ainsi ? La commission, c’est-à-dire une équipe de technocrates non élus mais désignés par leurs gouvernements respectifs, équipe qui, de l’avis général, se délite et ne fera plus qu’éxpédier les affaires courantes jusqu’au 1er novembre, date à laquelle elle sera entièrement remodelée par l’arrivée des dix nouveaux membres de l’Europe. Pourquoi les commissaires se sont-ils précipités pour prendre cette décision ?

Parce que les Etats-Unis, en portant plainte devant l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) pour entrave au libre commerce des OGM, les ont fait plier. Et parce que, au fond, ils ne demandaient que ça : plier. Les gouvernements européens sont en effet massivement favorables à l’arrivée du transgénique, mais tous n’osent pas le dire franchement, de crainte de prendre leur opinion publique à rebrousse-poil. Ainsi la France : elle a voté contre le maïs Bt-11, mais très mollement. Comme le note l’eurodéputée verte Marie-Anne Isler-Béguin dans "Le Monde" (14/05), le ministre de l’Agriculture Gaymard n’a même pas essayé de convaincre ses collègues de voter contre le maïs Bt-11 : il dispose pourtant d’une solide étude de l’AFSSA montrant que les essais conduits sur ce maïs ne sont pas suffisants.

L’Histoire du transgénique est, on le sait, celle d’un bulldozer qui tente un passage en force. Il a fallu les campagnes de Greenpeace, les fauchages des champs expérimentaux, notamment par la Confédération paysanne, les mises en garde des scientifiques, les multiples mobilisations citoyennes et militantes, et les engagements d’hommes politiques pour que le bulldozer ralentisse sa course. Aujourd’hui, le bulldozer donne un coup d’accélérateur. Car il est paradoxalement en mauvaise posture : aux Etats-Unis, comme vient de le rappeler Cohn-Bendit, « au lieu de réduire l’utilisation des pesticides, ce qui était pourtant la grande promesse de l’industrie intéressée, on constate une augmentation des quantités appliquées pour les champs de maïs transgénique » (Libé, 28/04). Quel est le véritable intérêt des OGM alors ? A part permettre aux transnationales d’avoir le monopole des semences ?

Le bulldozer n’a pas gangé la partie : au moment où l’Europe cède, des dizaines de régions résistent et se déclarent "libres d’OGM", en AUtriche, en Italie, en Grèce, en Ecosse et en France, où les conseillers régionaux de gauche se mobilisent. Le moratoire est mort, vive le moratoire ?

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