OGM

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Liberation, vendredi 21 mai 2004
Par Corinne BENSIMON

Un nouvel organisme très très modifié

Biologie. Trois laboratoires privés ont mis au point un maïs OGM extrêmement résistant.

Du nouveau au rayon des futurs OGM : un maïs capable de tolérer des quantités de glyphosate (la molécule active de l’herbicide universel Roundup) six fois supérieures à celles utilisées en temps normaux. C’est ce qu’a réussi à obtenir une équipe associant trois laboratoires de recherche privés : deux start-up de biotechnologie (Verdia et Maxigen) et la société américaine Pioneer Hi-Bred, n° 1 mondial des semences. Les performances commerciales de ce maïs hypertolérant au glyphosate font d’ores et déjà l’objet d’évaluations en champ, aux Etats-Unis, précisent les chercheurs qui exposent leur méthode originale d’obtention de cette plante, aujourd’hui, dans la revue Science.

Innovation. Au lendemain de la levée du moratoire sur les OGM en vigueur depuis cinq ans en Europe, cette annonce ne manquera pas d’attiser la polémique sur l’asservissement de la recherche en biotechnologies végétales aux seuls intérêts des industries agrochimiques. Il y a quelques jours, la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation) soulignait que des agricultures frustres devaient pouvoir bénéficier des progrès de la recherche sur les OGM (Libération du 18 mai). Ce maïs tolérant à de très fortes quantités d’herbicide est, assurément, aux antipodes de cet horizon-là. La recherche qui a conduit à sa mise au point se situe clairement, comme le relève un commentaire de Science, dans le cadre de la compétition engagée pour le commerce du glyphosate et des semences modifiées pour lui résister.

En effet, alors que la vente d’OGM résistant à un herbicide total explose (75 % des OGM cultivés aujourd’hui dans le monde portent ce caractère génétique), seul l’agrochimiste Monsanto peut commercialiser aujourd’hui des OGM résistants au glyphosate, molécule herbicide qu’il a découverte et qu’il vend sous le nom de Roundup. Cette situation de monopole est toutefois fragile : elle repose entièrement sur les brevets que Monsanto détient sur les gènes de résistance au glyphosate qu’il a découverts et introduits dans ses semences OGM. En revanche, Monsanto n’a plus l’exclusivité des droits sur la vente de glyphosate, son brevet sur la molécule étant dans le domaine public. Pour entrer sur le marché des semences résistantes au glyphosate, il « suffit » donc à un concurrent de découvrir un autre gène de résistance à cette substance, de le breveter, et de l’introduire dans des variétés. C’est ce qu’ont fait les chercheurs de Pioneer, grâce à une approche scientifique si innovante et prometteuse pour l’ensemble de la recherche sur les OGM ­ y compris celle prônée par la FAO ­ qu’elle leur a valu l’honneur d’une publication dans Science.

Mutants. Afin de découvrir un nouveau gène de résistance au glyphosate, l’équipe conduite par Michael Lassner a en effet choisi de faire de « l’évolution dirigée ». Il s’agit là d’une technologie émergente qui mobilise aujourd’hui l’attention de centaines de laboratoires dans le monde et dont les applications potentielles vont de la production de protéines thérapeutiques pour la médecine à celle d’enzymes gloutons pour la dégradation de matières polluantes. Elle consiste, très sommairement, à mimer en laboratoire les processus naturels d’évolution et de mutation des bactéries. Et cela, de telle sorte que les chercheurs parviennent à disposer, in fine, de souches microbiennes dotées du gène contrôlant le caractère génétique qui les intéresse (détoxification d’une substance, par exemple). Sachant que c’est dans une bactérie qu’avait été isolé, par hasard, le fameux gène de résistance au glyphosate qui fait la fortune de Monsanto, les chercheurs de Pioneer ont donc parié sur l’obtention de mutants bactériens dotés d’un gène équivalent. Dont acte. Ils ont ensuite introduit ce nouveau gène dans le patrimoine génétique de maïs.

Dégradation. Le résultat semblerait à tout point supérieur à celui obtenu par Monsanto. Non seulement ces nouvelles plantes résistent à des doses supérieures de glyphosate, mais elles dégradent l’herbicide qu’elles absorbent. A l’inverse, le gène introduit dans les semences de Monsanto leur permet seulement de « vivre avec », en l’accumulant dans tous ses tissus, ce qui impose l’interruption des traitements herbicides pendant la période de production des graines. Avec ce nouveau maïs, plus d’entraves : le glyphosate peut être diffusé non-stop. Les écologistes apprécieront.

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