Suisse

Jean-Charles Marchiani

ANGOLA

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Libération 20 avril 2004
Par KARL LASKE

Marchiani appelle le gouvernement suisse à l’aide

Plusieurs fois mis en examen, le député européen sortant, qui entend se représenter, demande aux autorités helvètes de ne rien céder à la justice française • Secret défense, plaide l’ancien préfet.

Jean-Charles Marchiani est un grand optimiste. Député européen sortant, l’ancien conseiller de Pasqua prévoit aujourd’hui d’être tête de liste RPF aux européennes dans le grand Sud-Est, tout en continuant à gérer son parcours chaotique de mis en examen dans quatre dossiers entre les mains du juge Philippe Courroye. Lundi, ses avocats ont fait appel au Conseil fédéral, le gouvernement suisse, rien de moins, pour bloquer une dernière fois l’entraide judiciaire avec la France et la transmission au juge Courroye de la documentation bancaire saisie en Suisse à son sujet. Le 18 mars dernier, les autorités avaient répondu par la négative à sa requête (Libération du 6.04.2004). Il avait trente jours pour faire appel. Le département des Finances a confirmé mardi à Libération avoir été saisi de l’ultime requête de Marchiani, arrivée lundi au conseil fédéral.

La bataille juridique engagée par Marchiani est une première dans les annales des « affaires politico-financières » françaises. Jusqu’alors, les mis en examen se contentaient d’argumenter au sein des institutions judiciaires prévues à cet effet (chambre de l’instruction, puis tribunal fédéral). Le préfet, qui soutient que ses comptes en Suisse étaient destinés à alimenter la lutte anti-terroriste, est censé convaincre le Conseil fédéral qu’une transmission au juge Courroye violerait le secret défense français, et mettrait en cause ipso facto les « intérêts vitaux » de la Suisse. Par une coïncidence de calendrier, les intérêts vitaux de sa campagne électorale sont aussi en jeu.

L’arrivée des comptes de Marchiani à Paris serait suceptible de faire rebondir bien des affaires : celles des ventes d’armes à l’Angola, des chars Leclerc vendus aux Emirats, du marché de tri de bagages à Roissy, sans oublier celle des commissions versées par Elf lors de la guerre civile congolaise -un dossier entre les mains du juge Van Ruymbeke. A l’automne dernier, le juge Courroye avait adressé au Parlement européen une demande de levée de l’immunité de Marchiani, qui l’avait rejetée le 4 décembre. Cette immunité qui le met à l’abri des « mesures coercitives » envisagées par la justice sera donc l’un des enjeux, inavoué, de la campagne électorale européenne de l’ancien préfet du Var.

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