Pierre Falcone

Jean-Christophe Mitterrand

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Le Monde, 25 03 2004
Fabrice Lhomme

Une information judiciaire pour "blanchiment" pourrait mettre en cause Jean-Christophe Mitterrand

Le fils aîné de l’ancien président de la République est accusé, par un ancien associé, d’avoir financé son usine de poissons en Mauritanie avec des fonds dont l’origine reste inconnue.

Le parquet de paris a ouvert, mercredi 17 mars, une information judiciaire contre X... pour "blanchiment" susceptible de mettre en cause Jean-Christophe Mitterrand. Confiée au juge d’instruction Philippe Courroye, cette affaire est apparue au détour de l’enquête sur les ventes d’armes vers l’Angola - conduite par M. Courroye - dans laquelle le fils aîné de l’ancien président de la République est poursuivi depuis le 21 décembre 2000 pour "trafic d’influence, recel d’abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux et complicité de commerce d’armes illicite". La justice avait détecté des mouvements de fonds suspects sur le compte détenu en Suisse, à la banque genevoise Darier, par la société Iwik, que M. Mitterrand avait créée en Mauritanie fin 1997 afin d’y construire une usine de traitement de poissons. Selon l’enquête du juge, les fonds provenaient de l’homme d’affaires Pierre Falcone, protagoniste principal du dossier des ventes d’armes au régime angolais.

Interrogé, à sa demande, le 9 mars comme témoin, ainsi que l’avait indiqué Libération, l’ancien directeur général d’Iwik, Olivier Collonge, a livré au juge Courroye un témoignage à charge contre son ancien associé, affirmant que M. Mitterrand n’avait"manifesté d’intérêt pour l’usine qu’après son incarcération", en décembre 2000. "C’était important pour lui de justifier qu’il avait voulu investir les fonds que Falcone lui avait remis dans ce projet", a assuré M. Collonge, que M. Mitterrand avait nommé PDG d’Iwik après sa mise en examen assortie d’un contrôle judiciaire strict, qui lui interdit encore aujourd’hui de se rendre en Mauritanie.

NOM DE CODE "MICHEL"

Selon M. Collonge, afin de permettre à l’usine de traitement de poissons de fonctionner, il avait fallu continuer à "injecter de l’argent". "Jean-Christophe Mitterrand a apporté entre 500 000 et 600 000 euros en espèces. Il a apporté ces fonds à partir de 2002, date du début d’entrée en fonction de l’usine", a-t-il déclaré, avant d’ajouter : "J’ai, à plusieurs reprises, demandé à Jean-Christophe Mitterrand d’où provenaient les fonds ; il m’a dit que, pour sa sécurité, il ne valait mieux pas qu’il me le dise. J’ai tout imaginé. Cela peut provenir de Pierre Falcone, mais il avait d’autres amis." M. Collonge s’est souvenu que, un jour, M. Mitterrand lui avait dit "que le nom de code concernant l’origine de ces fonds était "Michel". Je lui ai demandé à quoi correspondait Michel et pourquoi le choix de ce prénom. Il m’a répondu "parce que Michel Montaigne". Je n’avais pas "tilté", mais, un jour où je prenais un verre avec Jean-Christophe Mitterrand à la brasserie du théâtre avenue Montaigne devant le Plaza Athénée, Laurent Fouchet -un homme d’affaires qui a succédé en 2003 à Olivier Collonge à la tête d’Iwik- est venu nous rejoindre et nous a dit qu’il venait de chez Michel. J’ai demandé qui était Michel, il m’a répondu Michel Montaigne. Puis ils ont ri et m’ont expliqué qu’il s’agissait de Pierre Falcone, qui était domicilié 56, avenue Montaigne."

M. Collonge a également évoqué des "remises d’espèces"effectuées par M. Mitterrand au profit du directeur d’un important négociant en grains, qui aurait "touché entre 150 000 et 300 000 euros étalés en plusieurs fois". "Certaines remises se sont opérées avenue Montaigne devant la brasserie du théâtre", a soutenu le témoin, qui a ajouté que sa sœur avait "également reçu des fonds à deux reprises, une fois 40 000 et une fois 10 000 euros (...) de la main de M. Mitterrand".

Interrogé par Le Monde, mercredi 24 mars, M. Mitterrand s’est dit "scandalisé et écœuré"par les accusations de son ancien associé. "Du fait de ma mise en examen, en décembre 2000, j’avais confié la direction de l’usine à M. Collonge, qui a trahi ma confiance", a déploré le fils de l’ancien président de la République."Olivier Collonge m’accuse aujourd’hui de ses propres turpitudes, qui sont aujourd’hui avérées, assure M. Mitterrand. En effet, après que M. Collonge eut démissionné de ses fonctions, courant 2003, j’avais fait faire un audit de la société, qui a mis au jour d’importantes malversations. La nouvelle direction d’Iwik a d’ailleurs saisi la justice mauritanienne, qui a condamné, en première instance en juillet 2003 puis en appel en février 2004, M. Collonge à rembourser 935 000 euros qu’il avait détournés. Pour se venger, M. Collonge a été raconter n’importe quoi au juge Courroye, notamment ces histoires de remises d’espèces totalement farfelues."

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