La CFDT voit son influence mise à mal dans le secteur public
La CFDT n’en finit décidément pas de payer le prix de son soutien à la réforme des retraites. Après les reculs enregistrés par la centrale de François Chérèque aux élections à EDF (19%, soit une baisse de 3,7 points), à Giat, dans les hôpitaux en décembre (24,24%, soit - 5,1 points) ou au ministère des Finances (12,11%, soit - 4,37 points), c’était au tour des agents de la SNCF, hier, de s’exprimer dans le cadre des élections professionnelles. Et, avant même la publication des résultats, de nombreux observateurs estimaient que la baisse de la CFDT ne faisait guère de doute. D’autant que le syndicat des cheminots a déjà perdu, en novembre, la moitié de ses adhérents, ces derniers voulant manifester leur désaccord avec la ligne du secrétaire général de la confédération.
Au siège de la centrale, on ne se faisait d’ailleurs guère d’illusions sur les résultats : l’unique ambition était de « limiter la casse ». « L’enjeu de ces élections est de savoir si nous obtiendrons plus de 10%, ce qui nous permettrait de rebondir, ou si nous serons marginalisés », reconnaissait-on avant le vote.
Pour la CFDT, ces dernières élections professionnelles dans la fonction publique représentent, en quelque sorte, la deuxième réplique du séisme provoqué par la réforme des retraites. Dans un premier temps, une partie des adhérents a préféré rendre sa carte ou ne pas la renouveler. C’est désormais au tour des fonctionnaires et aux salariés des entreprises publiques de sanctionner la centrale par l’intermédiaire des urnes. Avec à la clé une perte d’influence. « La CFDT a fait le choix de céder sur le terrain de la fonction publique pour aller voir ailleurs, elle en gère aujourd’hui les conséquences avec un affaissement très net parmi les fonctionnaires », analyse Bernard Lhubert, secrétaire général de la CGT-fonctionnaires.
Comme si la ligne réformatrice défendue par François Chérèque avait du mal à trouver un écho chez les fonctionnaires. « Le discours de la CFDT est beaucoup mieux perçu chez les personnels d’encadrement », note toutefois Jean-Marie Poirot, secrétaire national de l’Unsa-fonctionnaires. S’ajoute un décalage grandissant entre les positions de la confédération et les revendications exprimées sur le terrain par la fédération et par les sections. Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, remarque que, « lors des élections professionnelles chez les personnels non enseignants de l’éducation nationale, le Sgen-CFDT a perdu dans tous les secteurs ».
Les fonctionnaires ont donc fait payer à la CFDT le prix de son soutien au gouvernement Raffarin. Mais, de là à ce qu’elle se retrouve complètement marginalisée au sein de la fonction publique, il y a une marge. « Même affaiblie, la CFDT reste une force syndicale. Ce n’est pas parce que l’on a eu un conflit sérieux avec elle que l’on ne peut pas continuer à travailler ensemble », indique Gérard Aschieri.
Bien évidemment, la CFDT se défend de privilégier son implantation dans le secteur privé aux dépens du public. Marie-Claude Kervella, secrétaire générale de la CFDT-fonctionnaires, explique notamment le recul de la centrale dans les dernières élections par « la transposition trop tardive par le gouvernement des mesures concernant les carrières longues des fonctionnaires ». Et de rappeler à nouveau ce que François Chérèque ne cesse de marteler depuis la réforme des retraites : « Nous avons préservé au maximum le régime spécial des fonctionnaires. On est bien loin d’abandonner la fonction publique. »
Reste que la moindre performance de la CFDT dans plusieurs grands ministères devrait tout de même avoir des conséquences. Car, dans la fonction publique d’Etat, l’influence politique de la centrale de François Chérèque dépasse largement son poids électoral. Ainsi l’Etat employeur compte-t-il « outre mesure » sur cette organisation, l’une des rares avec l’Unsa et la CGC, qui affiche clairement son intention de signer des accords. « Le réformisme dans la fonction publique est un exercice difficile : ni l’Etat employeur ni les syndicats n’ont la culture de l’accord et de la contractualisation. Dans le fond, chaque camp a presque tendance à préférer la confrontation », explique un connaisseur.
La structure même du dialogue social pousse à cela : les accords, dans la fonction publique, n’ont aucune valeur juridique : l’Etat employeur n’a pas besoin de signer avec un syndicat pour décider ou pour faire. Il lui suffit, en cas d’échec dans une négociation, de publier un décret. « Tout cela renforce, de la part des syndicats, les stratégies de confrontation. Elles s’avèrent d’ailleurs plus payantes sur le terrain », remarque cet expert. Une analyse que partage Marie-Claude Kervella : « La fonction publique est difficilement réformable car les procédures à suivre sont d’une telle complexité que les fonctionnaires n’ont jamais l’impression d’être entendus. Résultat, on s’en sort toujours mieux en étant contre qu’en avançant des propositions. » Pour un syndicat qui s’est fait le chantre du réformisme, difficile dès lors de se développer sur un terrain où l’affrontement est la règle.