Robert Bourgi

Francis Szpiner

affaire Borrel

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Billets d’Afrique et d’ailleurs Numéro 82, Juin 2000
extrait de l’article de Philippe BROUSSARD, Le Monde, 16 mai 2000

L’enquête sur l’affaire Borrel est minée par la suspicion

Le Monde, L’enquête sur l’affaire Borrel est minée par la suspicion, 16/05/2000 (Philippe BROUSSARD) : « Assassinat ou suicide ? Voilà bientôt cinq ans que “l’affaire Borrel” - du nom d’un juge français mort dans des conditions étranges, le 18 octobre 1995 à Djibouti - se heurte à cette question. La première hypothèse - celle de l’assassinat, est défendue avec obstination par sa veuve, elle-même magistrate à Toulouse. La seconde, celle du suicide, emporte, pour l’instant, la conviction des enquêteurs.

Toute à son combat, Mme Borrel reproche en effet aux juges Marie-Paule Moracchini et Roger Le Loire, ainsi qu’aux autres intervenants (policiers, experts...) de vouloir “étouffer” ce qu’elle qualifie, sans preuve, “d’affaire d’État” impliquant les autorités djiboutiennes. [...] Au mois de mars, les juges se sont rendus pour la deuxième fois sur place. Des policiers et un représentant du parquet les accompagnaient, de même que la directrice de l’Institut médico-légal de Paris, Dominique Lecomte, conviée à titre d’expert. Le rapport de cette dernière développe un scénario qui ne laisse guère de place à l’hypothèse criminelle. [...] L’expertise est [...] contestée par le Syndicat de la magistrature [...].

Les points de friction sont si nombreux entre Mme Borrel et les juges que le dossier semble à jamais miné par le doute. Cette dérive s’explique en partie par les errements de l’enquête initiale, menée en 1995, à Djibouti : autopsie non effectuée ; disparition du dossier médical et des radios... [...] D’étonnants témoins sortent de l’ombre. Le premier a été Mohamed Saleh Alhoumekani, un ancien membre du service de sécurité du palais présidentiel de Djibouti. Cet homme met en cause l’actuel président, Ismaïl Omar Guelleh [...].

Rien n’a permis d’établir que M. Alhoumekani disait la vérité. [...] Pourquoi aurait-il menti ? Policiers et magistrats soupçonnent une manœuvre de l’opposition locale. [...] “Les investigations des juges ont confirmé qu’Alhoumekani racontait n’importe quoi” assure Me Francis Szpiner, l’avocat du président Guelleh. Selon Me Szpiner, “les enquêteurs français ont eu toutes les facilités pour travailler sur place”, ce qui nous a été confirmé de bonne source. [...]

L’un des avocats de Mme Borrel, Me Morice [...], a affirmé détenir une note rédigée, d’après lui, par les services de renseignement français (DGSE) en 1991. [...] Une annexe de ce document présente M. Guelleh comme l’éventuel commanditaire d’un attentat commis en 1990, à Djibouti, contre le Café de Paris. Cette affaire pourrait être à l’origine, toujours selon la partie civile, de la mort du juge Borrel en 1995. S’indignant de la diffusion de ces documents non signés et non authentifiés, Me Francis Szpiner nous a déclaré : “Tout cela est scandaleux, ce sont des faux grossiers, nous assistons à une fuite en avant de la partie civile dont l’attitude vis-à-vis des juges est particulièrement lâche“ ».


[Nous ne donnons que quelques extraits de ce long article où le fils du célèbre commissaire Broussard, au nom de l’équilibre, s’emploie subtilement à discréditer le combat d’Élisabeth Borrel (cf. Billets n° 78 à 81). Celle-ci a affaire à très forte partie. Lors d’une rencontre au cabinet des juges d’instruction, elle a passé au crible la démonstration de l’expert Dominique Lecomte. Cette dernière a dû admettre que le scénario décrit dans son rapport reposait sur fort peu d’éléments, notamment sur le témoignage assez incohérent d’un médecin français de Djibouti, et qu’il s’agissait plutôt d’une sorte d’opinion. L’autorité de l’expertise signée par la directrice de l’Institut médico-légal doit donc être relativisée.

À Djibouti, les enquêteurs ont consacré l’essentiel de leur temps à tenter de discréditer le témoignage très gênant d’Alhoumekani, et à soupçonner l’opposition d’une vile manœuvre contre leur collègue Guelleh - policier, chef d’un État policier. On comprend qu’ils aient eu « toutes facilités ». De même que le juge Le Loire, lui-même ancien policier, convié à la table du président Guelleh.

Philippe Broussard fait beaucoup de cas des indignations de Me Francis Szpiner, avocat patenté de la Françafrique. Elles sont à géométrie variable. Il a ainsi fait partie de la délégation d’éminents juristes français, envoyée à Libreville par son collègue foccartien Robert Bourgi, en vue de cautionner fin 1998 la réélection frauduleuse d’Omar Bongo... ].

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