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ANGOLA
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Jacques Attali épinglé par un juge russe
Le Parisien - 05/03/2004
JACQUES ATTALI, l’ancien conseiller de François Mitterrand, est dans le collimateur de la justice russe. Un magistrat de Moscou le soupçonne d’avoir participé à une opération de financement occulte de la municipalité de Saint-Pétersbourg.
Interrogé dans les locaux de la brigade financière, comme simple témoin, en avril 2003, en présence d’un policier et d’un magistrat russe, Jacques Attali a démenti une à une toutes les accusations le visant.
« Il s’est longuement expliqué, nous n’avons aucune nouvelle de cette enquête », nous indique son avocat. Cependant, cette audition n’a semble-t-il pas suffi. Après d’autres investigations, une note de synthèse rédigée par la police française, dont devrait être destinataire M. Matvienko, le magistrat russe, affirme que « M. Attali aurait prêté son concours à un détournement de fonds organisé par et pour l’entourage de M. Yakovlev », l’ancien maire de Saint-Pétersbourg, autrefois proche de Vladimir Poutine.
Deux millions de dollars sont en jeu.
Une mission payée cash En 1997, une Française mariée à un Russe, Irène Commeau, ancienne collaboratrice de Jacques Attali à la Banque européenne de reconstruction et de développement (Bred), crée le premier contact avec Serguei Davitaia, un proche du maire de Saint-Pétersbourg.
Jacques Attali, consultant international à son compte, signe un contrat d’assistance visant à redonner à la ville russe « un prestige international ».
Ecrivain à succès, Jacques Attali propose d’apporter son concours à la création d’une « Bred eurasienne », et d’une « Ligue de la paix », réunissant plusieurs ports de la Baltique.
Durée de sa mission : deux ans. Rémunération prévue, 2 millions de dollars.
Première curiosité, au lieu d’échelonner les versements, les fonds, via la banque Inkombank, parviennent à ACA, la société d’Attali, en une seule fois.
Cinq « consultants » sont aussitôt rémunérés. M. Davitaia perçoit 200 000 dollars. Irène Commeau, comme « apporteur d’affaires » et consultante, touchera au total 25 % du contrat, soit 500 000 dollars. Trois Russes percevront également des fonds : Andreï Gratchev (280 000 dollars), Sergueï Koulaghine (200 000 dollars) et sa secrétaire (97 500 dollars). Mais dans leur note, les enquêteurs semblent douter que de réelles missions aient été effectuées par les Russes.
En perquisitionnant chez ACA, ils n’ont découvert que des notes, « très brèves, rédigées en français », censées émaner de ces consultants. « Ces notes pourraient avoir pour objectif... de justifier le versement des honoraires versés », écrivent les enquêteurs.
Les policiers : « C’est un artifice » Plusieurs documents en russe ont aussi été découverts. « L’un d’eux expose des méthodes de relaxation et de respiration sans aucun rapport avec la mission », souligne les policiers.
Dans les pièces saisies, les enquêteurs ont également mis la main sur une note manuscrite, antérieure de quelques jours à la signature du contrat : « Il y a une cuisine, il faudra reverser 850 000 dollars à l’équipe russe pour ses frais », mentionne ce document.
Enfin, l’enquête a établi que les consultants russes avaient été payés sur des comptes bancaires ouverts aux Etats-Unis.
« C’est sciemment que M. Attali se serait prêté à la manoeuvre organisée par les autorités de Saint-Pétersbourg, en recrutant, au prix fort, des consultants qu’il ne connaissait pas, qui ne présentaient pas le profil professionnel et de compétences utiles », concluent les policiers, évoquant « un artifice destiné à prélever des fonds ».
Sollicité hier, Jacques Attali n’a pas souhaité réagir.
Investigations russes pour Jacques Attali
Fabrice Lhomme et Piotr Smolar - Le Monde - 16/04/2003
Jacques Attali a été interrogé par la brigade financière à la demande de la justice russe
Un contrat avec Saint-Pétersbourg en cause.
Ancien conseiller de François Mitterrand, ex-président de la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), écrivain à succès et consultant international, Jacques Attali a dû répondre, jeudi 3 avril 2003, à une convocation policière peu banale.
M. Attali a été interrogé par la brigade financière, à Paris, en présence d’un policier et d’un magistrat russes. Les deux hommes s’étaient déplacés dans le cadre d’une commission rogatoire internationale délivrée cet hiver par le parquet de Saint-Petersbourg que le doyen des juges d’instruction parisiens a confié au juge Philippe Courroye.
M. Attali, qui n’a pas été placé en garde à vue, a été questionné sur un contrat passé, en 1997, par sa société de conseil, ACA, avec la mairie de Saint-Petersbourg, pour un montant de 2 millions de dollars. Deux jours avant cette audition, les locaux de ACA avaient également été visés par une perquisition.
La justice russe s’interroge sur la réalité de la prestation fournie par ACA et une éventuelle rétrocession d’une partie des fonds à des dignitaires de la municipalité de Saint-Petersbourg. Selon les avocats de M. Attali, le contrat aurait été conclu "dans le cadre de la préparation du tricentenaire" de la deuxième ville de Russie, qui sera fêté le mois prochain. Il aurait fixé plusieurs objectifs à ACA, mobilisant pour cela "une dizaine de consultants" : établir le business plan et les statuts d’une "banque de développement" - qui n’a jamais vu le jour -, ainsi que ceux d’une "association internationale devant regrouper des villes portuaires, pour laquelle une quinzaine de réponses positives ont été obtenues" ; trouver des investisseurs pour la rénovation du port de la ville et de son hôtellerie. Selon les conseils de M. Attali, plusieurs banques françaises auraient répondu favorablement à ce dernier objectif.
Par ailleurs, le juge Courroye, à qui l’exécution de la commission rogatoire, a été confiée enquête déjà lui-même sur des honoraires (160 000 dollars) perçus par ACA, versés cette fois par Brenco, la société de l’homme d’affaires Pierre Falcone, personnage central de l’enquête sur les ventes d’armes vers l’Angola. M. Attali avait été rémunéré en contrepartie de l’élaboration d’un "projet de microcrédits" en Angola. Suspectant une surfacturation, le juge Courroye avait mis en examen M. Attali, en mars 2001, pour "recel d’abus de biens sociaux" et "trafic d’influence" - cette dernière incrimination visant une éventuelle intervention de M. Attali afin d’aplanir un contentieux fiscal au profit de M. Falcone (Le Monde du 10 mars 2001).
Lors de sa garde à vue à la brigade financière, le 8 mars 2001, M. Attali avait déjà été questionné sur les activités de sa société dans les pays de l’Est. "Nous avons conseillé plusieurs régions russes, la Tchétchénie et la région de Saint-Petersbourg, pour 1,5 million de dollars (500 000 dollars pour la Tchétchénie)", avait indiqué M. Attali "Ces contrats remontent à 1996-1997. Les fonds ont été encaissés sur les comptes ACA à Paris", avait-il ajouté.
Les avocats de M. Attali ont affirmé au Monde que "l’enquête russe s’inscrivait dans le cadre de la campagne électorale à venir" dont M. Attali "ne veut pas payer les pots cassés", allusion à l’élection du gouverneur de Saint-Petersbourg, prévue en mai 2004. Elu en 1996 et réélu en 2000, Vladimir Iakovlev - signataire du contrat avec M. Attali - a annoncé il y a quelques semaines qu’il ne briguerait pas un troisième mandat. Le président russe Vladimir Poutine souhaite ardemment le départ du gouverneur actuel, qu’il n’avait pas réussi à provoquer au lendemain de son élection, en 2000.
Les deux hommes ont un passé commun, puisqu’ils ont tous deux été les adjoints d’Anatoli Sobtchak, gouverneur de 1991 à 1996. Lorsque Vladimir Iakovlev a été élu à son tour, contre son ancien patron, Vladimir Poutine a décidé de quitter sa ville de naissance pour Moscou. En mars, le président russe a nommé comme "super-préfet" dans la région du Nord-Ouest, comprenant Saint-Petersbourg, une de ses fidèles, Valentina Matvienko, présentée d’ores et déjà comme un successeur possible de M. Iakovlev.