Jean-Charles Marchiani
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Charles Pasqua
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Affaire Boulin
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L’énigme Pasqua
Pour introduire son livre « Marchiani, L’agent politique » (1), Eric Lemasson fait part de deux anecdotes a priori amusantes. En 1997, Jean-Charles Marchiani, alors préfet du Var donc fonctionnaire d’état, s’apprête à désavouer publiquement Philippe Douste-Blazy, ministre de la Culture. Au centre de la querelle, un théâtre dont Marchiani veut la peau mais que Douste-Blazy défend. Pour mettre un terme à l’arrogance du préfet, ce dernier contacte Alain Juppé, Premier Ministre : « Oui, Philippe, tu as raison, un préfet ne peut désobéir à un ministre de la République ». A la même époque, lorsque François Léotard, maire de Fréjus et accessoirement président de l’UDF, s’en réfère au Président de la république française Jacques Chirac pour obtenir la mutation de Marchiani (puisque Jean-Louis Debré, ministre de l’Intérieur, semble impuissant sur le sujet), ce dernier rétorque : « Il faut que tu vois ça avec Pasqua. Marchiani est son protégé. » On constate alors aisément qu’un simple préfet a le pouvoir de mettre à mal la politique de Juppé et de ses acolytes. On pourrait en rire, conscient de l’intérêt public qui en découle. Mais le plus raisonnable est de s’en inquiéter : comment un préfet peut-il tenir tête à plusieurs ministres ? comment un homme peut-il à lui seul résister à leur désapprobation ? Chirac a donné la réponse : « Pasqua. Marchiani est son protégé ».
Cet ancien résistant corse mènerait donc la Vème République par le bout du nez. Impensable, me direz-vous. Et bien non. Lorsqu’on a lu, relu l’Enigme Pasqua, on comprend mieux. On comprend comment l’ex-vendeur d’anisette tisse sa toile au gré des rencontres, agitations et autres tumultes inattendus : les fibres les plus solides sont choyées, les autres sont éradiquées. Ne sont gardées que les branches qui maintiennent la cohésion du réseau. Les rebelles, les malhonnêtes, les maladroites, les parasites nuisent à l’efficacité et à la force de l’ensemble. Il faut s’en séparer. Tel est le fonctionnement du réseau Pasqua : méfiance, vigilance, et surtout pragmatisme.
Pourtant des proches de Pasqua ont parfois connu des mésaventures qui auraient pu s’avérer néfastes pour le ministre de l’Intérieur instigateur en 1986 des brigades motorisées qui coûtèrent la vie à Malik Oussékine (2). L’un d’eux, Jean Venturi, le représentant Ricard au Québec, est mis en cause dans l’affaire de la French Connection (affaire révélée en 1971). Cette histoire de trafic de drogue met aussi à mal les services secrets français de Raymond Marcellin, alors ministre de l’Intérieur, ainsi que le numéro 2 de la maison Ricard, Charles Pasqua, dont la belle-famille est québécoise. Pasqua essaiera par la suite d’effacer les traces de ses voyages au Québec. Mais en 1982, suite à « l’affaire Lucet » (3), le nom de Venturi (Dominique, le frère cette fois-ci) resurgit à Marseille dans une affaire de fausses factures mise à jour par Pasqua, lorsque celui-ci cherche à déstabiliser Gaston Deferre. Dès que le nom de Venturi ressort, Pasqua se fait tout discret, les vieux démons refaisant surface dans sa mémoire. Je passe aussi toutes les bavures des membres du SAC, Service d’Action Civique, dont Pasqua prendra le commandement en 1967 mais qu’il quittera en 1969, officiellement du moins. L’ébranlement du régime De Gaulle en 1968 a montré ce dont étaient capables les miliciens sous l’effet de la panique. Au point même que « Dominique Calzi, alias Patrice Chairoff, publiera dans Libération un plan du SAC prévoyant l’internement de gauchistes dans des stades. Ce document est attribué au marseillais Gérard Kappé qui hurle au faux (4) ». Si de lourds soupçons pèsent effectivement sur les déclarations de Dominique Calzi, le serment pris par les membres du SAC ne dément pas l’indéniable fanatisme de cette milice entièrement dévouée au Général de Gaulle : « Je prends l’engagement solennel d’obéir sans discussion à mes chefs. Si je trahis, j’accepte de subir les châtiments réservés aux traîtres ».
Ainsi, les noms de Kappé, Venturi, Marchiani, Guelfi (il eut été étonnant qu’Elf ne soit pas impliqué), Léandri, Foccart, mais aussi Debizet, Delouette, etc. ressortent ça et là, au gré du livre, au gré des turpitudes électorales ou diplomatiques de Pasqua.
Mais s’il est toujours confortable d’être un protégé de Pasqua (tant qu’on ne fait aucun faux pas, cela va de soi), il semble plutôt dangereux d’être un faiseur de troubles, une menace au réseau, donc à l’homme.
C’est le cas, par exemple, de Robert Boulin, dont la mort n’a jamais été élucidée. En 1978, sous pression de Bernadette, Chirac vire Juillet et Garaud du RPR, démantelant ainsi « la bande des quatre » (Marie-France Garaud, Pierre Juillet, Yves Guéna et Charles Pasqua). Alain Devaquet, secrétaire général du parti à cette époque, finit par jeter l’éponge, refusant de « jouer l’alibi pour les magouilles de M. Pasqua ». Boulin, alors ministre, réussit à obtenir la tête du corse. Suite à la mort de Boulin, Pasqua est réintégré au secrétariat National du RPR. Je compte sur votre esprit critique pour constater qu’aucun lien direct n’est effectivement établi entre la mort de Boulin et le sauvetage de la carrière politique de Pasqua. C’est ce qu’on pourrait appeler l’efficacité du réseau Pasqua. Aucun lien direct. Soit. Mais le nom de Boulin résonne encore dans les couloirs du RPR : lorsque la gauche s’est trouvée en grande difficulté, le simple fait d’évoquer le nom de ce ministre suffit à faire taire les attaques de la droite. François Mitterrand en profita en avril 1992 au cours d’une conférence de presse pour arrêter la ferveur de Pasqua sur les mauvais résultats de la gauche aux législatives. De même, le 26 février 1988, le premier secrétaire du PS Lionel Jospin glissa le nom de Boulin dans l’acharnement de Barre à l’encontre de Mitterrand sur l’affaire Urba. Efficacité hors pair. Tout ceci peut paraître extravagant, sauf quand on sait que Boulin était tout désigné par Giscard pour remplacer Barre à Matignon. Cette nomination aurait probablement sonné le glas de toute la frange ‘Chirac’ (5).
Autre personne qui doit se faire discrète : Ali Bourequat, aujourd’hui réfugié politique aux Etats-Unis, car en danger de mort en France. Au cours de ses 18 ans d’incarcération au Maroc (6), il est informé sur l’affaire Ben Barka, leader de gauche marocain qui aurait été enlevé et liquidé par les services secrets français. Incarcéré avec des truands de ces services, il en apprend alors beaucoup sur les relations entre la France et le Maroc. Après sa libération, il est rapatrié en France et commence à enquêter pour vérifier les dires de ses codétenus, l’affaire Ben Barka n’étant qu’une des accusations dont il eut écho. D’autres, au moins aussi ‘stupéfiantes’, lui furent avouées : « cela touchait les plus hautes autorités françaises du fait que la drogue était transportée dans des avions militaires et atterrissaient dans les deux importantes bases militaires d’Evreux et de Tours. Alors [...] j’ai commencé une enquête pour reconfirmer avec les contacts qui m’avaient été donnés. Et je suis tombé sur le réseau Hémard, qui est Pernod-Ricard en réalité. » Erreur ! Le doigt dans l’engrenage ! Dans le Réseau Pasqua ! Le doigt dans les fibres de la toile, on s’y empêtre, on s’y colle, on est happé. Alors, Jacqueline Hémard lâche le morceau, elle raconte tout à Bourequat (7). Il en sait désormais trop. Jacqueline Hémard et Ali Bourequat sont menacés par la DST française. La police, auprès de qui ils demandent de l’aide, est discrète. Le commissaire Sabatier conseille à Bourequat de fermer sa gueule. Pasqua est alors ministre de l’Intérieur. « Durant mon séjour à Paris, Monsieur Hémard [ndl’O : Eric, le mari de Jacqueline], s’est permis de me menacer directement par téléphone. Tous ces enregistrements, je les ai fournis aux autorités américaines. Et il ne se cachait pas de me dire que sa mère avait parlé avec Pasqua et Borderie et qu’ils allaient me liquider, et qu’ils allaient me faire mon affaire avec sa femme ». Ces éléments ajoutés aux menaces de la DST, autorité officielle française, lui ont permis d’obtenir l’asile politique aux Etats-Unis pour lui comme pour Jacqueline Hémard. Evidemment, l’entourage de Pasqua dément. A ces démentis, Bourequat répond : « Monsieur Pasqua ne vous dira certainement pas quelles sont ses relations avec le roi du Maroc et cela depuis longtemps. Il ne vous le dira certainement pas. Monsieur Pasqua ne vous dira pas ce que sont devenus les éléments du SAC dont une partie ont organisé une police privée chez Pernod Ricard et une autre partie ont crée une société de protection qu’ils appellent une société de gardes du corps et ils agissent pour la liquidation des gens. Moi j’ai une preuve que la famille Hémard a proposé la liquidation de quelqu’un pour 12000 francs. Et ça par l’intermédiaire de la police qu’ils ont, une police privée, qui a été organisée par Pasqua au sein de Pernod Ricard. » Ces propos sont extraits d’un entretien entre Thierry Meyssan et Ali Bourequat, entretien qui s’est déroulé le 5 juin 1998 à l’Assemblée Nationale au cours du congrès de la CORA (COordination Radicale Antiprohibitionniste). Au cours de cet entretien, d’autres noms apparaissent, et pas des moindres. L’assemblée est médusée.
L’assemblée est médusée de devoir admettre l’inadmissible, de devoir accepter l’inacceptable : le réseau Pasqua. Le lecteur l’est tout autant. Il comprend alors un peu mieux la relative efficacité d’un ministre de la Vème République qui ose chatouiller les branches d’un réseau dont Thierry Meyssan explique la genèse puis la prolifération, fibre par fibre. La récurrence de certaines personnes ou sociétés permet de cerner l’homme qui, à la fin du livre, n’est plus franchement une énigme, même si le sujet mérite amplement une investigation bien plus approfondie, curiosité et affliction obligent. A la lecture de l’énigme Pasqua, on comprend aussi les alliances et autres revirements politiques de Pasqua (de Balladur à Villiers pour les plus récentes), multiples convergences vers un seul et unique objectif : maintenir la cohésion de son réseau, donc sa suprématie. L’outil démocratique semble être utilisé pour asseoir un tissu relationnel excessivement puissant aux caractéristiques bien spécifiques. Le réseau Pasqua ne ronge ni les branches de la diplomatie, ni celles de la démocratie. Il s’y appuie. Il sait utiliser à parfait escient les institutions sans les altérer pour étendre un système de relation et de pouvoir indépendant, intouchable, mais paradoxalement fortement impliqué dans la vie politique française et internationale.
Pasqua, ami de Georges Bush Jr (le bourreau du Texas), sévit aujourd’hui au Conseil Général des Hauts-de-Seine en tant que Président. Il est aussi président du RPF et accessoirement candidat à la Présidence de la République...
(1) Editions du Seuil, mars 2000.
(2) En 1986, « terroriser les terroristes » était son mot d’ordre. La police pouvait agir, « il les couvrira ». Coulèrent alors les sangs de Jean-Claude Delta, de Rabah Boufferkas, de Loïc Lefebvre, le sang de William Normand, de José Maya, de Sandra Deschaux-Beaume, de Farid El Orabi, le sang d’Adbel Benyahia, celui de Malik Oussekine.
(3) Suicide peu vraisemblable du directeur de la Caisse primaire d’assurance maladie des Bouches-du-Rhône.
(4) Gérard Kappé est le lieutenant de Pasqua au SAC de Marseille. Il en prend la tête quand Pasqua rejoint le siège national à Paris, au 5 rue de Solférino. En face, au numéro 2 de la rue, les bureaux de la maison Ricard.
(5) Lire à ce sujet l’époustouflante enquête du magazine Golias : « l’affaire Boulin, vingt ans après : des témoignages et documents inédits » . N°69 Nov-Déc. 1999.
(6) Lire « Dix-huit ans de solitude, Tazmamart » par Ali Bourequat. Editions Michel Lafon, 1993.
(7) Jacqueline Hémard est la femme d’Eric Hémard, fils et héritier de Jean Hémard. Eric est le propriétaire d’une petite usine de plastique de Maisons-Alfort, « paravent de la prostitution en grande banlieue » , selon Bourequat.
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L’énigme Pasqua10 juin 2010, par FcoCet article vient faire suite à d’autres articles parus à l’époque dans "Maintenant" (magazine passé sous silence aujourd’hui) et qui à l’époque évoquait comment certains ministres de la Ve République étaient impliqués dans certains traffics de stupéfiant dont Mr Pasqua.
De plus si Ali Bourequat et Mme Hémard sont accueillis aux Etats-Unis sous le statut de l’asile politique c’est que les autorités US ont des preuves sur les allégations de Mr Bourequat.
Le "San Francisco Chronicles" qui avaient enquété sur la french Connection et ses rapports avec Pasqua a été dévalisé de toutes les preuves accumulées par leurs journalistes lors d’un cambriolage il y a quelques années.
...Ca fait froid dans le dos...mais c’est pas si étonnant, les politiques sont intouchables lorsqu’ils restent dans le rang en France -
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L’énigme Pasqua14 août 2011, par Hemard ErickAbsolument on se renseigne et je suis bien plaçé pour le dire puisque je suis Erick Hemard.C’est incroyable comme les gens peuvent croire n’importe quoi et lire ce qu’écrivent certains journaliste qui ne cherchent qu’a se faire de l’argent. (Désolé d’utiliser le terme de journaliste pour ce genre )
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