JOURNALISME

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Le Monde du 6 fév 2004
Daniel Psenny

Une "maladresse" au "20 heures", mardi soir, provoque un débat dans la rédaction de France 2

David Pujadas a présenté, mercredi 4 février, ses excuses aux téléspectateurs en ouverture du journal de 20 heures de France 2 pour avoir annoncé la veille un peu trop rapidement le "retrait" d’Alain Juppé de la vie politique. "Avant toute chose, un message à vous qui nous faites confiance chaque soir, a déclaré le présentateur. Hier à propos d’Alain Juppé, nous avons commis une erreur d’interprétation des informations dont nous disposions. Il y a bien un retrait progressif d’Alain Juppé, comme nous l’indiquions, puisqu’il annonce qu’il va quitter la présidence de l’UMP à l’automne. Néanmoins, parler d’une interruption de sa carrière était abusif, nous le regrettons et vous présentons nos excuses pour cette maladresse."

Mardi soir, à 20 heures, alors que M. Juppé annonçait en direct dans le journal de TF1 qu’il ne quittait pas la vie politique, David Pujadas affirmait qu’"après sa condamnation Alain Juppé [a] décidé de prendre du champ avec la vie politique pour se consacrer au combat judiciaire". Il ajoutait : "Un retrait qui sera progressif." En fin de journal, après avoir pris connaissance des déclarations de M. Juppé, M. Pujadas rectifiait le tir en précisant que le maire de Bordeaux avait évoqué "un retrait partiel et surtout un retrait qui n’est pas définitif".

Mercredi matin, ce cafouillage a provoqué un débat au sein de la rédaction de France 2. Dès la conférence de rédaction du matin, de nombreux journalistes ont demandé des explications à Olivier Mazerolle, directeur de l’information, qui a lui-même convoqué une assemblée générale de la rédaction dans l’après-midi pour s’expliquer. "J’ai vécu ces dernières vingt-quatre heures avec un certain déplaisir", a reconnu M. Mazerolle. "S’il y a une responsabilité à endosser, c’est la mienne", a-t-il poursuivi en expliquant que l’information du retrait de M. Juppé, fournie par le service politique de la chaîne, avait été recueillie "jusqu’à quasiment une minute avant le journal auprès de gens proches" de M. Juppé.

Sur Europe 1, M. Mazerolle affirmait que France 2 n’avait "pas vraiment" commis une erreur, mais que la rédaction avait "placé le curseur trop loin, sans s’être plantée". Ce qu’un journaliste du service politique de France 2 a résumé à sa façon en assemblée générale : "Nous avons eu raison sur le fond, mais tort journalistiquement." Lors de la conférence de rédaction du matin, M. Mazerolle avait reproché aux journalistes du service politique de la chaîne "de ne pas avoir de bons contacts" avec les hommes politiques. "A force de montrer qu’on ne les aime pas, voilà le résultat", leur a-t-il lancé.

"Cette affaire est consternante, a déclaré au Monde, au nom de la Société des journalistes (SDJ) de France 2, l’un de ses élus, Daniel Wolfromm. Elle montre les dysfonctionnements de la rédaction. La chaîne s’est engagée dans une vaine concurrence avec TF1 et elle doit revoir ses fondamentaux, à savoir ne pas livrer une information sans avoir vérifié ses sources. Dans le cas présent, il suffisait d’attendre quelques minutes la déclaration d’Alain Juppé sur TF1 pour la reprendre."

Pour autant, la SDJ juge "courageuse" l’attitude de David Pujadas, qui a présenté ses excuses aux téléspectateurs. "C’est une première", souligne le journaliste élu de la SDJ.

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