Jean-Charles Marchiani

Congo-Brazzaville

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Le Monde du 25 déc 203
Fabrice Lhomme

Jean-Charles Marchiani mis en cause dans la nouvelle affaire Elf pour une commission de 5 millions de dollars

Un réquisitoire supplétif a été délivré au juge Van Ruymbeke, qui enquête sur des fonds versés au député européen par le groupe pétrolier, sous la présidence de Philippe Jaffré.

Un nouveau front judiciaire menace Jean-Charles Marchiani, déjà mis en cause dans plusieurs enquêtes financières conduites par le juge parisien Philippe Courroye. Lundi 22 décembre, le procureur de Paris, Yves Bot, a délivré au juge Renaud Van Ruymbeke, qui enquête sur des commissions versées à partir de 1995 par Elf-Aquitaine à l’occasion de l’implantation du groupe au Nigeria, un réquisitoire supplétif pour "abus de biens sociaux, complicité et recel" afin d’étendre sa saisine à des versements, semble-t-il destinés à des dirigeants congolais, et qui auraient profité pour partie à M. Marchiani.

M. Van Ruymbeke avait été alerté au printemps par le juge genevois Daniel Devaud de l’existence d’un virement suspect de 5 millions de dollars remontant au 15 septembre 1997, au moment où M. Marchiani venait de quitter ses fonctions de préfet du Var, et alors que le Congo était en pleine guerre civile. Ces fonds avaient été versés par Elf via Rivunion, la filiale helvétique du géant pétrolier vouée au paiement des commissions, sur un compte ouvert au Crédit suisse de Zurich par la Sopar. Le juge Courroye a établi dans l’une de ses enquêtes que M. Marchiani était l’ayant-droit économique de cette fondation basée au Liechtenstein (Le Monde du 21 septembre).

Selon le juge Devaud, Jean-Charles Marchiani aurait conservé par-devers lui 2,3 millions de dollars, soit près de la moitié de cette somme. Il aurait transféré le solde sur le compte d’un agent d’affaires français qui, à son tour, aurait alimenté - à hauteur de 2,4 millions de dollars - un compte ouvert au nom du fils de Bernard Kolélas. Ancien maire de Brazzaville, M. Kolélas fut le dernier premier ministre du président Pascal Lissouba, chassé du pouvoir en octobre 1997 par Denis Sassou Nguesso.

Embarrassantes pour M. Marchiani, qui a gardé une partie des fonds versés par Elf, les découvertes du juge Devaud ne le sont pas moins pour Philippe Jaffré, qui avait succédé en 1993 à Loïk Le Floch-Prigent à la tête de l’entreprise nationale, où il est resté en poste jusqu’en 1999. Elles pourraient relancer les interrogations sur l’éventuelle implication du groupe pétrolier dans la guerre civile congolaise.

"MISSIONS CONFIDENTIELLES"

Sollicité par Le Monde, mardi 23 décembre, M. Marchiani a assuré n’avoir "jamais touché un centime du groupe Elf". Faisant une nouvelle fois allusion à des "missions confidentielles" qui lui auraient été confiées par l’Etat français, le député européen a ajouté qu’il avait toujours eu "pour interdiction d’utiliser -pour ces missions- des fonds émanant d’entreprises publiques et de sociétés françaises". "S’il me convoque, je l’expliquerai à M. Van Ruymbeke", a indiqué M. Marchiani, qui a ajouté : "Encore faudra-t-il que le juge prouve que j’étais l’ayant-droit de la Sopar".

La justice suisse a établi que le compte zurichois de la Sopar, ouvert en 1987, présentait, le 28 novembre 2001, un avoir total de 2 077 806 francs suisses (environ 1,4 million d’euros). Pressé par M. Courroye de justifier les rentrées d’argent détectées sur ce compte, lors d’un interrogatoire le 21 novembre 2002, M. Marchiani avait déjà excipé de ses activités parallèles qui conduisirent à plusieurs reprises cet ancien agent des services secrets à intervenir en faveur d’otages français. Il avait ainsi assuré qu’il y avait eu beaucoup de mouvements sur ce compte lors de "la période 1986-1988, date à laquelle-il avait- été volontaire et bénévole pour monter à l’extérieur des frontières un dispositif visant, d’une part, à lutter contre le terrorisme islamiste, d’autre part, à obtenir la libération de nos compatriotes détenus au Liban et, enfin, normaliser les relations avec l’Iran".

Parfois surnommée "Elf 2", l’enquête de M. Van Ruymbeke se nourrit de l’exploitation par le juge Devaud des archives de Rivunion, saisies par le magistrat suisse en septembre 2002. C’est ainsi qu’avait été mis au jour le versement par Elf, en 1995, de 10 millions de dollars à l’homme d’affaires libanais Samir Traboulsi et de 60 millions de dollars à l’industriel nigérian Ely Calil - tous deux mis en examen depuis pour "recel d’abus de biens sociaux".

Interrogé à l’automne 2002 par M. Van Ruymbeke en qualité de témoin assisté (Le Monde du 29 octobre 2002), M. Jaffré avait assumé "l’entière responsabilité"de ces virements, destinés pour partie à des responsables politiques nigérians.

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