Argentine

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Le Monde, 21 décembre 2003
Avec AFP et Reuters

Les "piqueteros" manifestent à Buenos Aires

Au moins 21 manifestants ont été blessés, dont l’un grièvement, par l’explosion d’un engin artisanal à Buenos Aires, lors de la manifestation organisée samedi pour célébrer le deuxième anniversaire de la chute du président Fernando De la Rua.

Des dizaines de milliers de piqueteros, ces chômeurs et laissés-pour-compte de la crise économique qui bloquent régulièrement les rues des grandes villes argentines, ont manifesté, samedi 20 décembre dans les rues de Buenos Aires, à l’occasion du deuxième anniversaire des émeutes qui ont porté au pouvoir le président Nestor Kirchner. Le 20 décembre 2001, le président radical Fernando De la Rua avait dû quitter piteusement la Casa Rosada (présidence) en hélicoptère, pour mettre un terme au bain de sang qui avait déjà coûté la vie à une trentaine de personnes.

Les participants ont défilé samedi en trois cortèges séparés, sous la surveillance de quelque trois cents policiers. Pour éviter les débordements, les piqueteros avaient au préalable déclaré avoir mis en place un service d’ordre comprenant environ 3 000 hommes. Mais un incident a été enregistré en fin de manifestation. Une explosion, de forte intensité, s’est en effet produite sur l’emblématique Place de Mai au moment du passage du dernier des cortèges. Vingt et un manifestants, dont la plupart souffrent de contusions ou de traumatismes divers, ont été blessés et hospitalisés.

La première manifestation, à la tête de laquelle figuraient plusieures mères de la Place de Mai (les premières résistantes à la dictature militaire), rassemblant environ 10 000 personnes, est partie en début d’après-midi du Congrès sous une chaleur torride. Elle était appelée à l’initiative des mouvements piqueteros Barrios de Pie ("quartiers debout") et Anibal Veron, qui ont pris un tournant modéré depuis l’arrivée de M. Kirchner au pouvoir. Les piqueteros les plus "durs", souvent liés à des mouvements d’extrême-gauche, ont été les derniers à se présenter Place de Mai, avec un contingent de 10 000 personnes environ.

DES MANIFESTATIONS DE CHÔMEURS QUASI QUOTIDIENNES

"Les problèmes à l’origine (des événements) des 19 et 20 décembre restent des questions ouvertes et le peuple demande des solutions pour assurer la paix et la justice dans une patrie libérée", a déclaré, à la fin du deuxième meeting, Carlos Alderete, leader du Courant classique combatif, l’une des plus grandes organisations de piqueteros qui regrouperait 300 000 personnes.

Mais le mouvement piquetero le plus important, la Federacion Tierra et Vivienda ("Fédération terre et logement"), dont le leader Luis D’Elia est un proche de M. Kirchner, avait choisi de réunir les siens dès vendredi soir dans un stade de football éloigné du centre de la capitale. Il y avait réuni de 12 000 à 15 000 personnes, selon les organisateurs, de 7 000 à 8 000, selon le journal Clarin.

Le président Kirchner jouit d’une cote élevée dans les sondages mais les manifestations de chômeurs qui sont devenes quasi quotidiennes illustrent la difficulté de résoudre le problème de l’emploi et provoque l’exaspération d’une bonne partie de la population devant les coupures quasi-quotidiennes de la circulation. Les piqueteros utilisent en effet des barrages routiers pour appuyer leurs demandes, en général d’aide sociale.

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