pollution chimique

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lunion.presse.fr, 16 mars 2009
D’après Yves Sciama

Ce qui dérègle nos hormones

L’appareil reproducteur humain est-il en train de devenir fou ? C’est un fait en tous les cas aussi établi qu’inquiétant.

QUELQUE chose sème le chaos dans notre système reproducteur. Il ne s’agit pas de la génétique. Parce que tous les dérèglements observés se sont produits en l’espace de deux ou trois générations, ce qui est bien trop court pour une dérive aussi radicale. S’il n’y a pas d’absolues certitudes, il existe « une suspicion extraordinairement forte » que le responsable de tous ces troubles soit la pollution chimique qui déréglerait nos hormones. Les hormones ? Une vaste famille de substances par lesquelles un grand nombre d’organes et de cellules se synchronisent et se « parlent ». Le système hormonal (on dit aussi endocrinien) est, avec le système nerveux, un des deux mécanismes de communication de l’organisme - une communication qui semble désormais brouillée par les milliers de produits chimiques apparus dans notre environnement au cours des cinquante dernières années. Brouillée comment ? Tout simplement par la ressemblance entre les composés chimiques créés par l’homme et les hormones. On peut comparer les hormones à des clés, dont le rôle est de déverrouiller des serrures situées dans nos cellules. Une fois la «  serrure » ouverte, la cellule effectue une action particulière : elle grandit, meurt, se contracte, sécrète, entre en sommeil, etc. Or, ces «  serrures » - de leur vrai nom des récepteurs - semblent être insuffisamment sélectives : depuis une vingtaine d’années, on découvre que de nombreuses « clés » qui ne leur sont pas destinées parviennent à s’y introduire, les ouvrant ou les bloquant, selon les cas. Le groupe de Virginie Rouiller-Fabre, dirigé par le professeur René Habert, a ainsi exposé pendant trois jours seulement des testicules fœtaux humains à un phtalate, un plastifiant largement produit par l’industrie et désormais omniprésent dans le sang humain. Résultat ? la mort de 42 % des cellules germinales, c’est-à-dire les cellules qui donneront plus tard les spermatozoïdes. Le fait que les troubles se manifestent des décennies après la contamination responsable (cancer chez l’adulte à la suite d’une exposition fœtale, par exemple) fait de l’étude des perturbateurs endocriniens un véritable casse-tête. L’individu a absorbé d’innombrables substances. Pollution urbaine, cigarette, alcool, pesticides… pour ne rien dire des différents rayonnements. Il y a dans tout cela des milliers d’agents potentiellement dangereux. Ce qui signifie que démontrer la responsabilité d’une substance donnée dans un tel capharnaüm n’est pas simple. Sans compter que deux autres spécificités des hormones compliquent la tâche des chercheurs. Ces produits ont parfois des effets seulement lors de ’fenêtres’temporelles étroites ». Le même composé, à la même concentration, peut semer le chaos s’il est administré durant la vie fœtale ou à la puberté, mais s’avérer sans effet le reste du temps. En second lieu, il existe un effet « mélange ». Certains produits présentent des synergies avec d’autres, et leurs effets s’additionnent ou se multiplient. Un certain nombre de composés sont d’ores et déjà sur la sellette : les phtalates, le bisphénol A, lui aussi courant dans les plastiques et même dans certains biberons, certains pesticides, les PCB, les dioxines…

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