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Une étude française démontre la toxicité des phtalates
Les chercheurs de l’Unité Mixte de recherche Gamétognèse et Génotoxicité Inserm-Cea-Université Paris-Diderot dirigée par René Habert, professeur à Paris 7, ont démontré que les phtalates, des composés biodégradables que l’on retrouve dans les plastiques dits souples (rideaux de douche, gaines de fil électrique, sachets d’emballage de produits alimentaires, matériel médical) entravent la mise en place du potentiel reproducteur masculin dans l’espèce humaine. Cette recherche, une première mondiale qui apporte la preuve expérimentale de la toxicité des phatalates, a été publiée fin septembre 2008 dans la revue Environmental Health Perspectives [1]. Elle contribue à éclairer les causes de la baisse de fertilité masculine.
En effet, on estime que dans les pays industrialisés, un homme produit deux fois moins de spermatozoïdes que son grand-père au même âge. De plus souligne l’équipe du professeur Habert, « la fréquence du cancer testiculaire a augmenté de façon régulière au cours des dernières décennies. Enfin, il est probable que l’incidence des malformations congénitales des organes génitaux externes masculins soit aussi en augmentation constante »
Des arguments épidémiologiques, cliniques et expérimentaux laissaient supposer que ces anomalies résultaient des effets des polluants qui perturbent le fonctionnement des hormones. Les phtalates, produits par les industries du plastique étaient incriminés mais aucune étude expérimentale n’avait mis leur toxicité en évidence.
Les effets du Dehp
Les chercheurs ont collaboré avec le service de gynécologie-obstétrique du Pr René Frydman pour mettre au point un système de culture de testicules fœtaux humains. Ils ont réussi à introduire dans une boite de culture le développement du testicule observé in vitro.
Dans ce système, l’ajout de Mehp provenant d’un phtalate largement répandu, le Dehp, provoque au bout de trois jours la disparition de 40 % des cellules germinales fœtales qui sont les précurseurs des spermatozoïdes. L’enfant naîtrait donc avec moins de cellules productrices de spermatozoïdes.
Les chercheurs qui ont étudié les effets du phtalate au stade fœtal s’interrogent sur ses effets à d’autres stades de la grossesse, de la vie adulte et peut-être aussi chez les femmes.
Un seul phtalate a été testé alors qu’il en existe une cinquantaine dans notre environnement quotidien (cosmétiques, produits pharmaceutiques, jouets, articles de puériculture, adhésifs, tuyaux, câbles).
L’abondance de phtalates dans le matériel médical (poche à sérum, cathéters, drains, seringues), avait d’ailleurs inquiété le Comité pour le développement durable en santé (C2DS) et le Centre national d’information indépendante sur les déchets (Cnid) : ces deux organisations avaient organisé en octobre 2007 une conférence pour sensibiliser la communauté hospitalière et plaider la substitution du Pvc dans le matériel médical.
Les industriels se défendent
Les conclusions des chercheurs sont d’autant plus préoccupants que les phtalates peuvent migrer du plastique qui les contient et être inhalés ou ingérés. La nouvelle étude devrait encourager la communauté scientifique et les autorités sanitaires à intensifier la recherche et, en attendant, à réfléchir à l’usage du principe de précaution en ce domaine.
En 1999, alertée par plusieurs rapports scientifiques, l’Union européenne avait classé le Dehp et cinq autres phtalates toxiques pour la reproduction. En 2005, une directive du Parlement européen avait limité à 0,1 % de la masse de plastique la quantité de TEHP autorisée dans les jouets pour bébé. Pour leur part, les industriels du plastique sont mobilisés pour défendre les bienfaits de leur industrie. Ils ont créé un site internet [2] qui combat les études mettant en cause les phtalates et plaide pour « l’usage sans risque des plastifiants les plus utilisés ». Cela rappelle un autre lobbying, du temps où « l’usage contrôlé de l’amiante » condamnait à mort des milliers de personnes.