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Produits chimiques : des ministres défendent le principe de précaution
Les ministres de la Santé et de l’Ecologie ont décidé, en application du principe de précaution, de réévaluer les risques liés à plusieurs substances chimiques chez les plus fragiles -femmes enceintes et jeune enfant-, à l’occasion d’un colloque mardi à Paris. Ce colloque intitulé "environnement chimique, reproduction et développement de l’enfant", organisé dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, avait pour objet de faire le point sur l’état des connaissances, la règlementation en matière d’environnement chimique et les répercussions sur la reproduction.
Entre 1995 et 2020 la production mondiale de produits chimiques devrait avoir augmenté de 85%, et ces produits portent une bonne part de responsabilité dans la diminution de 50% de la production de sperme en 50 ans et du doublement des cancers des testicules, selon Roselyne Bachelot (Santé) et Nathalie Kosciusko-Morizet (Ecologie).
Mme Kosciusko-Morizet s’est félicitée que les ministères de la Santé et de l’Ecologie "conjugent leurs efforts pour mettre en oeuvre le principe de précaution et promouvoir des campagnes de prévention de santé publique". Roselyne Bachelot va ainsi faire étudier "en partenariat avec les industriels, la possibilité d’apposer sur les produits reprotoxiques (toxiques pour la reproduction, ndlr) un logo indiquant qu’ils ne sont pas recommandés aux femmes enceintes et aux jeunes enfants". Ces produits font partie de la famille des CMR -produits cancérogènes, mutagènes (qui risquent de provoquer des défauts génétiques) ou reprotoxiques-.
Les CMR sont classés en plusieurs niveaux selon leur dangerosité : CMR1, dont la toxicité est sûre, CMR2, où la présomption est forte, et CMR3, où les effets CMR sont "possibles" mais pour lesquels les informations sont insuffisantes. A partir d’un certain seuil, des logos sont déjà apposés sur les produits contenant des CMR : une tête de mort pour le niveau 1, une croix pour les niveaux 2 et 3, les CMR1 et 2 étant réservés à l’usage professionnel.
La proposition de Mme Bachelot viserait à apposer un logo supplémentaire visant les femmes enceintes et les enfants sur les produits contenant des CMR3, a précisé le ministère. La ministre devrait aussi commander à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) une expertise sur la mutagenèse et la reprotoxicité des produits classés CMR3, ce qui pourrait les basculer dans une autre catégorie ou élargir leur nombre. Une campagne d’information sur les risques causés par leur utilisation pendant la grossesse pourrait suivre. Mme Bachelot veut aussi que l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) lance une étude sur le risque des cosmétiques pendant la grossesse et chez le jeune enfant, "notamment les cosmétiques distribués dans les maternités".
En septembre, des médecins, chimistes, cancérologues ou directeurs d’établissements de santé étaient partis en guerre contre les trousses de naissance distribuées dans les maternités, qu’ils accusaient de contenir un véritable "cocktail toxique". Ils assuraient avoir de "fortes présomptions" que nombre de produits contiennent des parabens, de l’EDTA, du bisphénol A, du phénoxyéthanol. L’Afssaps avait alors décidé de "renforcer le contrôle" en matière de sécurité des produits pour les enfants de moins de 3 ans. Mme Bachelot a indiqué encore qu’elle interviendrait au niveau européen "pour que soit connue dans le respect du secret industriel la composition quantitative et qualitative des cosmétiques".