RETRAITES

O.M.C.

ANALYSES ECONOMIQUES

ACCUEIL > EN LUTTE > social / dérèglementation
tract CGT-TDF, juin 2003

Les retraites : quelles solutions ?

Les racines du mal

Le 1er janvier 1995, les gouvernements ont donné naissance à L’OMC, en signant un texte de plus de 600 pages, et des milliers de pages d’annexe. Les députés qui ont voté ce texte, l’ont reçu un jeudi soir pour un vote le mardi matin ! Pour montrer qu’aucun député n’avait pu lire ce texte sérieusement (et pour cause !), l’association « Public Citizen » a proposé 10.000 dollars payables à une œuvre caritative pour chaque membre du congrès américain pouvant jurer l’avoir lu et pouvant répondre à 10 questions simples sur le texte. C’est seulement en rallongeant le délai qu’un sénateur républicain a pu répondre aux dix questions, en déclarant par la suite : « Je suis Républicain. J’ai voté tous les accords de libre-échange proposés au Congrès depuis 10 ans mais celui-ci je ne le voterai pas parce que j’ai lu les textes et ce serait un désastre. »

Qu’est donc « l’Accord Général sur le Commerce des Services » (AGCS) ? C’est un des accords signés lors de la création de l’OMC. En anglais c’est le GATT. Cet accord consiste à limiter l’action politique à la justice, la police et l’armée. Tous les autres secteurs doivent être soumis à la libéralisation économique, s’ouvrir à la mondialisation néo-libérale, car ils sont considérés comme ayant un important potentiel marchand (la santé = 3 trilliards d’euros par an, l’éducation 2,5 trilliards). Pour l’OMC il faut donc que ces secteurs s’ouvrent à la concurrence, à la privatisation. On peut même imaginer qu’une ville décide de sous-traiter une partie du travail de la police municipale, pour que d’un coup, la police tombe dans le cadre de l’AGCS… et provoque ainsi la mise en place de police privée !

L’ennemi public

C’est ce que le Conseil européen a avalisé les 15 et 16 mars 2002 au sommet de Barcelone. Le Conseil européen est l’instance qui définit les grandes orientations pour l’Europe, que la commission de Bruxelles et le Parlement Européen de Strasbourg doivent impérativement mettre en œuvre. Elle est constituée des responsables gouvernementaux des quinze, soit à l’époque MM. Chirac et Jospin. Ce qui explique certainement en grande partie le silence assourdissant des responsables politiques du Parti Socialiste dans la crise actuelle. Le document issu de ce sommet : « Conclusions de la présidence, Conseil européen de Barcelone », prévoit ainsi, par exemple, la libéralisation du marché de l’énergie pour 2004. Or, les exemples ne manquent pas des effets de la libéralisation de ce secteur : au Royaume Uni, en Australie, ou encore aux Etats-Unis (en Californie : pannes de courant interminables, augmentation des tarifs de 500 à 1.000 %, 20 milliards de dollars pris aux contribuables pour pallier les défaillances des entreprises privées gérant les contrats ! ! !). D’autres secteurs privatisés nous abreuvent d’exemples : en 12 ans, augmentation de 36 % du prix de l’eau en Grande-Bretagne ; soit 60 % d’augmentation du prix du timbre en Suède, plus de 60 morts dans des catastrophes ferroviaires en Angleterre… Avec, au bout du compte, une aide financière de l’Etat lorsque les entreprises privées ne peuvent plus faire face à leurs obligations (Railtrack pour le rail, NATS pour le contrôle aérien, British Energy…).

L’éducation sentimentale

La colère des enseignants face au projet de décentralisation n’est que cela : défendre l’enseignement public face à son démantèlement organisé, décidé et acté par les gouvernements de l’Union Européenne. Il est question de « décentraliser », c’est-à-dire de donner davantage de pouvoir de décision et de financement aux collectivités territoriales. On sait à quel point les moyens diffèrent d’une région à l’autre, d’une commune à l’autre : la décentralisation de l’enseignement primaire a fait que les crédits accordés par élève ont un rapport de 1 à 10 selon les communes ! Et certaines municipalités s’arrogent un droit de regard sur le matériel utilisé en classe… on ne peut s’empêcher d’imaginer le pire dans les municipalités que l’on sait dans le Var ou dans le Vaucluse. Cette décentralisation est imposée au nom d’une « plus grande autonomie de gestion des établissements scolaires ». M. Ferry, dans sa Lettre à tous ceux qui aiment l’école, affirme que : « il [doit] y avoir un lien entre les moyens attribués à l’établissement et le projet autour duquel il organise son action ». Aux autorités locales, donc, de décider dans quelle mesure un projet d’établissement a lieu d’être financé. Si l’on met en perspective les pressions des entreprises locales sur les collectivités, on peut craindre que les formations fournies ne soient que fonction de l’offre d’emploi locale. La décentralisation, en G.B. comme en Allemagne, a des conséquences désastreuses sur la qualité de l’enseignement public. Par exemple, chaque professeur peut être amené à enseigner n’importe quelle matière, indépendamment de la formation. C’est pourquoi la colère des enseignants n’est pas un réflexe corporatiste mais une lutte indispensable au maintien d’une école publique garantissant l’égalité des chances pour tous et un accès à l’enseignement supérieur pour le plus grand nombre.

Nous ne vieillirons pas ensemble

Autre décision actée officiellement lors du congrès de Barcelone : « Il faudrait chercher d’ici à 2010 à augmenter progressivement d’environ cinq ans l’âge moyen effectif auquel cesse, dans l’UE, l’activité professionnelle. Des progrès à cet égard seront examinés chaque année avant le Conseil européen de printemps. ». Nous voilà donc rendus au sujet du jour…

L’alignement public-privé, la crise démographique, ne sont que des arguments fallacieux pour réformer. Entre 1975 et 1993, les réformes des régimes de retraite ont tendu à donner aux salariés du privé les même garanties qu’à ceux du public. Mais en 1993 (réformes Balladur), le gouvernement a commencé à faire régresser les conditions des salariés du privé (période de cotisation passant de 37,5 à 40 annuités, période de référence passant des 10 aux 20 meilleures années, 25 en 2008…). En y ajoutant les accords complémentaires passés en 93 et 96 entre le patronat et les syndicats (sauf la CGT), le niveau des retraites a baissé de 30 %. Les retraités touchaient en moyenne 84 % de leur dernier salaire net en 1993. En 2020 ce taux sera situé entre 50 et 70 % selon la carrière et entre 47 et 68 % en 2040. Ces moyennes étant calculées pour des salariés ayant cotisé 40 années sans interruption. Le gouvernement actuel veut encore allonger la durée des cotisations. Le Commissariat au Plan préconisant de passer à 42,5 annuités, le MEDEF en la personne de Guillaume Sarkozy parle de 46 à 47 ans !! Mais pour cela, il faut d’abord « faire sauter le verrou de la fonction publique », ce que le gouvernement Raffarin veut imposer au nom de la justice et de l’égalité. On n’entre maintenant dans la vie active qu’à 24 ans en moyenne (15-16 ans pour les générations précédentes) : rallongement des études, petits boulots peu payés et chômage n’ouvrant aucun droit social (1 chômeur sur 2 ne reçoit aucune indemnité et ne cotise donc pas pour sa retraite). 43,5 % des hommes et 41,8 % des femmes ont un emploi au moment de leur départ à la retraite, les autres salariés sont en pré-retraite ou au chômage. L’âge moyen de départ à la retraite est de 57,4 ans dans le secteur public, 57,7 dans le privé. Mais dans le public, ce sont des départs en retraite volontaires alors que dans le privé ce sont les entreprises qui décident de se débarrasser des plus anciens. Ce phénomène ira forcément en s’aggravant si l’on augmente la durée des cotisations. L’UNEDIC et l’Etat payent dans un cas ce que les caisses de retraites payent dans l’autre, résultat : aucun bénéfice pour l’Etat, des conditions de vie dégradées pour les travailleurs et la paupérisation des plus vieux (en Grande-Bretagne, 1 retraités sur 4 vit sous le seuil de pauvreté).

Les bas-fonds

Les réformes des retraites que le gouvernement Raffarin veut imposer en France ne sont en aucun cas des réformes adaptées à la réalité de l’économie française, mais des décisions arbitraires que l’Europe a prises face au lobbying des décideurs mondiaux (qui ne sont plus politiques mais financiers), face à la pression des investisseurs institutionnels et des fonds de pension. Au-delà de l’allongement de durée des cotisations, il y a la baisse des pensions pour un grand nombre de salariés. C’est effectivement la finalité de ces réformes : désengager l’Etat au profit d’intérêts privés. Les Etats européens se sont engagés avec les critères de Maastrich à limiter les dépenses publiques : supprimer les retraites collectives et les remplacer par des retraites individuelles gérées par des fonds de pension, limiter l’Etat-providence en matière de santé en le remplaçant par des assurances-maladies privées (on en reparlera dès la rentrée de septembre !). Qu’importe alors que les réformes du gouvernement ne soient même pas équilibrées financièrement ! Leur impossibilité même de fonctionner et donc de garantir des revenus nécessaires aux retraités, est le garant de l’introduction des fonds de pension. En effet, le 5 mars 2002, lors du conseil des ministres Ecofin (affaires économiques et financières de l’UE, dont le représentant français était alors M. Fabius) il a été demandé au Parlement et au conseil d’approuver des directives pour mettre en place les fonds de pension professionnels. On se rappelle le scandale Enron, où les salariés ont perdus leurs emplois mais également leur retraite, assurée par l’achat d’actions de leur société dont la valeur a chuté brutalement de 90 dollars à moins de 1 dollar (alors que les dirigeants quittaient le navire en empochant d’incroyables plus-values). Ce n’est que l’arbre qui cache la forêt. Aux Etats-Unis en 1998, 65% des foyers américains disposaient de retraites, servies par les fonds de pension, équivalentes ou inférieures à celles détenues par un même foyer 15 ans plus tôt. Pour les foyers disposant de revenus médians, la perte a été de 13 % sur la même période. Pour les 20 % des revenus supérieurs, le gain a été de 19 %. Pour les 5 % supérieurs le profit s’est élevé à 176 % ! ! ! Il apparaît clairement que les fonds de pension exacerbent les inégalités. De plus, ceux-ci, en investissant dans les entreprises, provoquent des désastres sociaux en faisant pression sur celles-ci afin de dégager le maximum de bénéfices. Baisse des salaires, licenciements, fermetures des sociétés ne dégageant pas assez de bénéfice …. Guettez ce qui se passe dans notre société !

Le monde du silence

Contrairement à ce que nous affirme le gouvernement Raffarin, relayé par les médias nationaux, aussi bien privés que publics, d’autres solutions sont possibles. De nombreux économistes ont des propositions alternatives, celles-ci sont peu connues du fait de l’occupation des journaux par une poignée d’autoproclamés « spécialistes » reconnus par les médias mais non par leur pairs.

Il nous appartient à tous d’affirmer qu’un autre monde est possible. Nous sommes responsables devant nos parents qui se sont battus pour nos acquis sociaux. Nous sommes responsables devant nos enfants de la société que nous leur léguons.

(1312 visites)