Ernest-Antoine Seillière

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LE MONDE | 09.06.08
Franck Johannès

M. Seillière envisage de quitter la présidence de la SLPS

L’assemblée générale de la société d’investissement Wendel, qui se tient lundi 9 juin, et celle, mercredi, de la Société lorraine de participations sidérurgiques (SLPS), la holding familiale, s’annoncent houleuses.

A l’origine du trouble, la plainte contre X pour "abus de biens sociaux et recel" déposée par Sophie Boegner, l’une des 900 actionnaires de la famille. Elle met en cause le montage qui a permis, le 29 mai 2007, à quinze cadres, dont Ernest-Antoine Seillière, le président des conseils de surveillance des deux sociétés, de se partager 4,7 % du capital de Wendel, soit 324 millions d’euros en actions au cours de l’époque. (Le Monde du 2 mai).

A la veille des AG, Ernest-Antoine Seillière réfléchit à proposer aux actionnaires son départ de la présidence de la SLPS, affirme-t-il au Figaro lundi. "Nous avons évoqué l’idée de revenir - comme par le passé - à deux présidents : un de la SLPS et moi président du conseil de Wendel", explique-t-il. En évoquant cette possibilité, M. Seillière tente de désamorcer la crise au sein de la famille. Il y a urgence car les sujets de friction s’accumulent. Dernier en date : la valeur du nom "Wendel".

Le 15 mai 2002, la famille avait autorisé le groupe à utiliser son nom à titre gratuit et pour une durée indéterminée. Ce qui signifie qu’elle peut perdre son droit sur la marque de façon "définitive et irrévocable" faute de dénoncer l’accord si son contrôle sur le groupe est inférieur à 33,34 %. Sujet devenu d’actualité car la SLPS ne détient plus que 35,9 % du capital de Wendel.

"REDEVANCE SYMBOLIQUE"

Le conseil d’administration a donc examiné un projet de convention du cabinet Winston & Strawn qui propose de céder l’usage du nom contre "une redevance symbolique et forfaitaire" de 25 000 euros par an. Les avocats notent toutefois que la redevance "pourrait raisonnablement se situer entre 0,5 % et 2 % (voire plus étant donné la notoriété du nom) du chiffre d’affaires" (soit entre 27,5 et 110 millions d’euros par an), avec un risque "de requalification" par le fisc.

Les intérêts de SLPS, qui touche la redevance, ne sont évidemment pas les mêmes que ceux du groupe Wendel, qui la verse. M. Seillière a consulté les juristes de Wendel qui l’ont convaincu "qu’une redevance, même symbolique, ne renforcerait pas notre position juridique". Il entendait donc le 1er avril "renoncer à introduire une redevance".

Mais l’un des poids lourds du conseil de SLPS, Henri de Mitry, a consulté deux avocats. L’un a conclu que SLPS était au contraire "en droit de réclamer une redevance même si celle-ci n’existait pas auparavant" ; l’autre qu’y renoncer serait "une erreur économique, juridique et stratégique", un montant de 25 000 euros étant "très nettement insuffisant".

Qu’importe, M. Seillière a transmis aux administrateurs, le 5 avril, un projet, approuvé "par le directoire de Wendel". Un avenant à l’accord de 2002, qui maintient la gratuité de l’usage du nom, avec résiliation automatique en cas de franchissement du seuil de 33,34 %. Stupeur du conseil d’administration. L’un de ses membres, Priscilla de Moustier, s’étonne de ce projet "substantiellement différent" de celui dont ils avaient parlé ; Florence François-Poncet constate qu’il est "bien plus défavorable à la SLPS" et qu’"une telle manière de procéder (...) est de nature à affecter le climat de confiance entre nous". Ernest-Antoine Seillière a renvoyé le vote à 2009.

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