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Le Canard Enchainé - 04/12/2002

Les "immondes salauds" du "Canard" et les petits saints d’Europe 1

LE mardi 26 novembre 2002 en toute fin d’après-midi, les journalistes d’Europe 1 se repassent, dans la salle de rédaction, le numéro du « Canard » qui va être mis en vente le lendemain matin. Jérôme Bellay, le directeur de la station, fait alors irruption et se met à vociférer contre « l’ignoble encule, l’immonde salaud à (sic) qui avait fait « fuiter » dans les colonnes du « Canard » un document contenant les consignes de la rédaction en chef d’Europe sur la « couverture » du congrès de l’UMP.

Le 18 novembre 2002, en effet, les journalistes de la tranche d’information du matin se voyaient priés, par note écrite de leurs chefs, de relater l’élection de Juppé à la tête du parti chiraquien (avec 80 % des voix exprimées, mais 70% d’abstentions) sans « tarder sur le vote, ni sur la participation , et en insistant « sur l’ambiance chaleureuae de ce congrès, la rivalité en vue de 2007 (étant) estompéé »

Après les injures, Bellay finit par se calmer un peu. La note en cause était certes une connerie à, dit-il. Mais il faut réagir, et le patron d’Europe 1 suggère à deux reprises aux journalistes de la station d’adresser une sorte de motion au propriétaire d’Europe 1, le marchand d’armes et patron d’Hachette Jean-Luc Lagardère. Une motion dans laquelle les journalistes reconnaîtraient l’indépendance que leur employeur leur accorde généreusement...

Convocation laborieuse

Cette demande se heurte à une mauvaise volonté évidente, mais, le lendemain matin, Bellay revient à la charge « “Libé” a sorti un papier, « Le Monde » en prépare un : nous avons affaire à un complot. Il faut répondre. » Cette information est inexacte :« Le Monde », qui est associé au groupe Lagardère, notamment dans Internet, ne prépare aucun article.

En ressortant le coup éculé du complot, Bellay tente alors de convaincre les responsables de la société des rédacteurs d’Europe 1 de rédiger et d’accepter la motion en question. Sans plus de succès. Le grand chef n’en reste pas là et fait convoquer une assemblée générale de la rédaction le mercredi après-midi... en sa présence.

« N’oubliez pas que c’est moi qui vous ai embauchés pour la plupart, moi qui vous paie, moi qui vous augmente » martèle-t-il alors. Puis il harangue la rédaction, comme un vulgaire « chauffeur » de salle. « Etes-vous en révolte ? Etes-vous au service de l’UMP ? Recevez-vous des consignes sur le contenu des papiers ? » A chaque question, l’assistance répond en choeur que non.

Seule fausse note : une des éditorialistes de la maison, Catherine Nay, prend la parole :

« Cette affaire est ridicule. C’est une feuille de vigne qui cache un vrai malaise. On ne se parle plus dans la rédaction depuis que vous (Jérôme Bellay) êtes là, vous manifestez une défiance totale à l’égard des journalistes qui étaient ici avant votre arrivée, et dès que trois personnes discutent dans un bureau, vous criez au complot »

L’adjudant de Lagardere

Malgré ce réquisitoire de Catherine Nay, Bellay finit par obtenir ce qu’il réclamait. Les journalistes d’Europe 1 adoptent, en toute spontanéité et après quelques rares abstentions, un communiqué dans lequel ils affirment qu’ » ils n’ont pas reçu de consignes de leur hiérarchie sur le contenu de leurs articles. Bref, ce qui est insultant, c’est l’article du « Canard » et pas la note de leur direction sur l’UMP. Dans leur communiqué, ils en reconnaissent pourtant l’authenticité, tout en soulignant qu’ils ont fait, à l’occasion de ce congrès, « leur travail en toute indépendance, de façon honnête et équilibrée ». C’est un peu compliqué, mais il faut reconnaître que l’exercice était délicat.

Un des hauts dirigeants du groupe Lagardère se montre, lui, beaucoup plus clair : « Bellay a bénéficié jusqu’à aujourd’hui du soutien total de Jean-Luc Lagardére. Il l’a laissé mener la rédaction comme il le voulait. Et Bellay a multiplie les maladresses, en supprimant les conférences de rédaction et en jouant les adjudants-chefs. Aujourd’hui, au moment où nous avons pris le contrôle de VUP et où un débat s’ouvre sur notre position dominante dans l’édition française, ça nous pète à la figure. »

Et le même de souligner les très mauvais résultats des dernières mesures d’audience d’Europe 1 en un an, 900 000 auditeurs, soit un sur six, ont été perdus. Plus grave encore : par rapport à RTL, France Inter et France Info, Europe 1 est la station généraliste dont l’audience des tranches d’information, les plus rentables en termes de recettes publicitaires, a le plus baissé. Et là, ce sont les finances d’une des filiales clés de la maison Lagardère qui sont atteintes.

Alors les grands débats sur l’indépendance de la station... (Le Canard Enchainé - 04/12/2002)

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  • Les "immondes salauds" du "Canard" et les petits saints d’Europe 1
    21 avril 2007, par guy
    Qu’ils revendiquent une fois pour toute qu’ils sont une radio de droite et comme ça tout l’électorat UMP (plusieurs millions de personnes) les écoutera nuit et jour.