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Guy DRUT
"Chaises vides" au procès en appel des marchés publics d’Ile-de-France
Le procès des marchés publics d’Ile-de-France qui devait s’ouvrir, mardi 17 octobre, devant la 9e chambre de la cour d’appel de Paris, sera jusqu’au bout celui des "chaises vides".
L’expression, employée lors de son réquisitoire en première instance en juin 2005 par le procureur de la République Henri Génin, visait le grand absent de cette affaire de corruption et de financement politique occulte, Jacques Chirac, maire de Paris et président du RPR à l’époque des faits jugés.
Elle désignera cette fois Guy Drut, condamné par le tribunal à quinze mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende pour avoir bénéficié d’un emploi fictif dans une entreprise de bâtiment et de travaux publics et amnistié en mai par son ami, le président de la République, M. Chirac, ce qui lui a permis de retrouver son titre de membre du Comité international olympique et les émoluments afférents.
L’ancien champion olympique et député (UMP) de Seine-et-Marne n’avait d’ailleurs pas jugé utile de se déplacer, en octobre 2005, pour entendre sa condamnation, et n’avait pas fait appel de celle-ci, assuré qu’il était de la mansuétude à venir du président de la République à son égard. On ne saurait dire plus clairement à la justice qu’on se moque de ses jugements.
"RUPTURE DE L’ÉGALITÉ DE TOUS"
Cette mesure d’amnistie individuelle, dénoncée alors comme une "rupture de l’égalité de tous devant la justice, notamment des condamnés dans cette affaire" par Me Jean-Yves Dupeux, avocat de la région Ile-de-France, partie civile, ne peut que renforcer l’amertume des deux principaux prévenus, qui ont fait appel de leur condamnation, l’ancien ministre Michel Roussin et l’ex-intendante du RPR Louise-Yvonne Casetta.
Présenté par l’accusation comme "le majordome de l’Hôtel de Ville, la bouche cousue de fil blanc", l’ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac à la Mairie de Paris a été condamné à quatre ans de prison avec sursis, 50 000 euros d’amende et cinq ans de privation des droits civiques, civils et de famille.
Plusieurs chefs d’entreprise et intermédiaires l’ont désigné comme étant leur interlocuteur privilégié pour le pourcentage prélevé par les partis politiques sur les marchés publics conclus à l’occasion de la rénovation ou de la construction des lycées d’Ile-de-France. Mais, comme l’avait souligné le tribunal dans son jugement, M. Roussin "n’a pu agir d’initiative". Quant à Mme Casetta, elle ne se résigne pas à porter seule une responsabilité dont les trésoriers ont été exonérés en cours d’instruction.
L’audience sera enfin marquée par une autre absence, celle de l’ancien président (RPR) de la région Ile-de-France, Michel Giraud, condamné également à quatre ans de prison avec sursis, 50 000 euros d’amende et cinq ans de privation des droits civiques, civils et de famille. Il a renoncé à faire appel.
Sur les 47 prévenus renvoyés devant le tribunal en première instance, ils ne sont plus que treize en appel à répondre de l’une des plus graves affaires de corruption jamais jugées, qui met en cause les fleurons du bâtiment et des travaux publics, la première région de France et les principales formations politiques.